
Rash a donc accepté de nous conduire au pied de notre randonnée sur la route de Kumtor, au prix standard de 15 soms le kilomètre. Il a une lada niva, ce qui est un peu la Rolls Royce de la région (malgré toutes les blagues qu'on peut faire sur les Ladas en France, ici c'est vraiment la voiture idéale : c'est le véhicule tout terrain qu'on peut faire réparer partout).
Avant de partir, Vicky essaye de réparer une couture du sac de Gaël qui est en train de se défaire, ce qui l'inquiète beaucoup. Bon, on va voir comment ça tient...
On commence par aller chercher de l'essence, dans une arrière-cour à laquelle on accède par une allée poussiéreuse jonchée d'ornières. Le "camion scolaire" est justement en train de prendre de l'essence : les gamins sont entassés dans sa benne et gesticulent dans un beau tapage.
La route de la mine est extrêmement pittoresque, une tranchée entre des montagnes grandioses. Rash n'est pas très bavard mais ce n'est pas grave, on admire le paysage. Avec ses cheveux noirs longs dans le cou, ses traits puissants et sa bouche fine où flotte toujours un léger sourire, il ressemble à un indien Navajo. Il connaît très bien la rando que nous voulons faire, et nous donne quelques conseils pour trouver le chemin en nous déposant.

Pour arriver à la vallée de la Juku, il faut d'abord passer un col à 3800 m : nous ne savons pas encore si nous y arriverons aujourd'hui ou demain. Le début monte sec, on remonte une vallée aride et caillouteuse. Les pans de montagne qui tombent à pic ont des couleurs magnifiques : roches rouges, pierriers presque violets, vert des herbes rases, le tout sous un ciel d'un bleu implacable. Il y a beaucoup de chevaux et de vaches. Nous pique-niquons en regardant le manège de deux chevaux rivaux : le plus jeune semble avoir irrité le plus vieux qui le poursuit pour se battre, mais il est maintenu à distance par les ruades du jeune. Ils virevoltent dans la montagne jusqu'à être lassés de ce curieux ballet.
Le chemin est très bien tracé et il n'y a pas de neige de notre côté : on décide de passer le col aujourd'hui. Plusieurs cols ont l'air possibles pour traverser la barrière de montagnes, mais avec la carte on repère assez vite le bon. La fin monte en pente douce : c'est un vrai plaisir de voir le paysage apparaître lentement de l'autre côté. Au col le sol est un peu spongieux, sillonné d'une multitude de petits ruisseaux. Quelques plaques de neige, mais rien de bien méchant. Curieusement, la rivière qui descend du col est trouble, on prend donc de l'eau un peu plus loin à un ruisseau venant d'un glacier. Comme il se fait tard, on pose le camp près d'une énorme pierre qui nous abritera du vent. Le ruisseau voisin nous sert de frigo pour faire prendre l'instant pudding au chocolat qui améliore notre ordinaire ! Ce soir nous dormons à 3400m d'altitude, mais la nuit n'est pas trop fraîche (avec une bonne tente et des vêtements chauds...).