
Je me réveille avec de la fièvre, mal à la gorge et aux articulations, comme Gaël il y a deux jours. Bon, on va y aller doucement. Pour rejoindre la longue vallée de la Joku, on commence par perdre pas mal d'altitude pour arriver à un Y où la rivière naît : c'est le début de la vallée. Il y a un nombre incroyable de marmottes. Seuls leurs sifflements rompent parfois le grand calme de la vallée. Quelques chevaux broutent paisiblement dans un pli de la vallée. Le temps est magnifique, c'est une superbe vallée sauvage qui s'offre à nous.
On fait beaucoup de pauses pour que je ne me fatigue pas trop. Je fais même une courte sieste à un moment ! On décide de faire une journée pas trop longue. De toute façon, il se met à pleuvoir brusquement, ce qui calme nos ardeurs... La montagne devant nous prend des allures fantômatiques derrière le rideau de pluie qui ne révèle que ses pics les plus acérés. Des bancs de brume commencent à lécher les sommets, puis descendent vite. On cherche un abri dans un bouquet d'arbres près de la rivière, et on trouve un endroit presque idéal, dans une petite élévation au-dessus de deux ruisseaux, au coeur des arbres pour nous protéger du vent vigoureux. Je me couche pour récupérer un peu, Gaël part se balader.
Je me réveille quand il rentre un peu plus tard : il a rencontré une famille de nomades qui ont leur yourte juste à côté, et nous invitent à leur rendre visite. Le père passe très droit sur son grand cheval blanc, avec ses deux jeunes enfants en croupe, très mignons. Nous les rejoignons à la yourte. Assis sur un tronc, le père fume tranquillement une pipe près de l'enclos des vaches, un court moment de détente avant d'aller rassembler les vaches pour la traite. Sa petite fille nous regarde avec des grands yeux timides, sans vraiment oser s'approcher. Son frère aîné n'a pas l'air impressionné par contre ! Le père parle très bien russe, et nous explique comment il s'occupe de deux petits agneaux noirs qui viennent de naître. Les deux sont attachés près de nous : si l'un deux se blottit tranquillement au chaud dans un tas de tissus bien chauds -- les oreilles dépassent à peine ! --, l'autre tire sur sa corde et bêle furieusement, cabré autant qu'il peut sur ses toutes petites pattes. L'homme les libère, ils bondissent vers le troupeau dans un concert de bêlements pour aller têter longuement leur mère. Pendant qu'il part rassembler ses vaches, il nous invite à aller prendre le thé dans la yourte. Son épouse, une jolie jeune femme au visage très doux, nous offre du yaourt délicieux, et un excellent pain nan que nous trempons dans une sorte de crème fraîche, entre la crème et le beurre : tout cela est simple mais succulent. Ca a l'air d'être leur repas habituel. Nous avons apporté des raisins secs et une tablette de chocolat que les gamins dévorent, mais ce n'est pas grand chose. Notre hôtesse sourit timidement, nous discutons un peu. Nous finissons par comprendre que nous l'empêchons d'aller traire les vaches, mais qu'elle n'ose rien dire par politesse. Nous partons donc en la remerciant. Il se met à pleuvoir violemment peu après : comme nous avons déjà pas mal mangé dans la yourte, Gaël cuisine juste un peu de semoule (pendant que je suis à l'abri dans la tente !), que nous mangeons dans la tente.