pique-nique

Asie Centrale

Dimanche 1er juin : sortie de la vallée de la Joku

Djuku
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Ce matin ma fièvre est passée et je vais beaucoup mieux. Malgré la pluie de la nuit, il fait maintenant très beau. Nous décidons de faire une rando sur la journée pour aller voir des lacs en altitude, pendant que la tente séchera au camp. On s'avance donc un peu dans la vallée, puis on commence à monter dans une vallée perpendiculaire, mais on se rend compte au bout d'un certain temps qu'on s'est trompés de position sur la carte, et qu'on s'est avancés pour rien : c'est en fait directement près du camp qu'il aurait fallu monter. Un peu dépités, on décide de rentrer au camp et de repartir avec la tente. Sur le chemin du retour, on rencontre deux hommes qui travaillent dans la forêt : ils refont un pont sur la rivière. Ils nous invitent à venir prendre le thé dans leur yourte voisine à l'occasion de leur casse-croûte de midi. Ce campement est plus riche que celui de nos hôtes de la veille : ces nomades ont à la fois une grande tente, et une très grande yourte bien meublée, avec de beaux tissus à l'intérieur. En plus des deux hommes, nous voyons deux femmes et quatre enfants, dont un bébé qui dort sur une pile de petits tapis. Pour le déjeuner, il y a un pain nan énorme, de la confiture de cassis délicieuse, de la crème, et du tchai bien chaud qui est un délice pour ma gorge un peu enflammée. La chaleur légèrement humide qui règne dans la yourte est bien agréable ! Nous mangeons aussi un plat non identifié à la consistance légèrement grumeleuse, inhabituel mais bon. Nous discutons un peu avec nos hôtes : ce sont de riches éleveurs qui possèdent encore une autre yourte, et une maison en ville. C'est un grand moment quand Gaël essaye d'expliquer en russe en quoi consiste mon travail et ce que peut bien faire un ingénieur de recherche...

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Nous repartons au camp pour démonter la tente, et nous repartons dans la vallée. Le terrain est facile, on avance bien. Mais le ciel se couvre beaucoup. On croise un petit père sur son cheval, emmitouflé dans un grand duffle coat. Il nous demande de la vodka d'un air rigolard. Mais nous n'en avons pas ! Il se met tout à coup à pleuvoir des trombes : on prend rapidement congé et on marche vite ! Heureusement, ça ne dure pas trop longtemps. Gaël a un peu mal au dos, donc on fait de fréquentes pauses pique-nique dans l'après-midi. La vallée s'ouvre de plus en plus, nous rejoignons des zones plus habitées par les nomades. Il commence à être temps de songer à camper. Près d'une yourte, deux gros chiens se mettent à courir très vite dans notre direction, on décampe sans s'affoler, mais quand même bien vite. Pas très agréable...

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Nous apercevons un endroit qui serait bien pour camper, près d'une petite rivière qui descend de la montagne, mais l'endroit est déjà occupé par une fête de joyeux kirghizes. Tant pis, on continue, mais on est hélés par une femme qui nous convainc de prendre au moins le thé. Il y a là une dizaine d'adultes et une nombreuse marmaille. On nous explique que c'est la fête des enfants -- la version non officielle qu'on ne tarde pas à nous donner est qu'il s'agit de la fête du plaisir à faire des enfants ! Tous sont vendeurs ou artisans au bazaar de Kizil Suu. Ils ont tué un mouton dont la viande a longuement mijoté avec des pommes de terre. En attendant ce plat, on nous sert du bon thé chaud avec du lait, et des salades. Les gens sont extrêmement gentils, rient beaucoup et nous parlent comme si on se connaissait depuis toujours. Ils nous servent généreusement en mouton et patates, ça change de nos éternelles pâtes ! Les adolescentes du groupe nous font signer des autographes, on procède donc à une séance d'écriture en cyrillique. Un tout petit garçon fait bien rire tout le monde en essayant mes grosses chaussures de marche. Les commentaires sur le fait que je n'aie pas d'enfant à mon âge sont un peu énervants, même s'ils ne pensent pas à mal, c'est culturel, par contre ils sont très impressionnés que je soie ingénieur !

La dame qui nous a convaincu de venir manger avec eux -- je n'ai malheureusement pas compris ou retenu son prénom -- est un vrai personnage : c'est la doyenne du groupe, qu'elle préside naturellement grâce à un charisme certain. Elle porte un grand chapeau, éclate de rire tout le temps... Elle insiste pour que nous ne campions pas cette nuit, mais que nous allions plutôt dormir chez elle quand la joyeuse compagnie repartira. On hésite un peu, alors elle explique à Gaël avec de grands gestes qu'une jeune femme doit dormir dans un lit bien confortable, et pas dans une tente où on se cogne partout ! Hilarité des autres, bien sûr... On accepte, du coup on peut profiter du reste du repas sans devoir repartir et chercher un camp. Tout le monde est de plus en plus gai au fur et à mesure que la bière et le kvas circulent. Un rigolo avec un béret crânement enfoncé sur le crâne nous explique qu'il est appelé "dva zhina", "deux femmes" en russe, en prenant dans ses bras sa femme et la soeur de celle-ci. Les autres se moquent gentiment du vantard, connu pour ses fanfaronnades. Pour la fin du repas on passe à la vodka, servie dans de petits verres. Le chauffeur de la marshrutka qui a amené tout le monde, lui, ne boit pas. En discutant avec lui, on est impressionné par sa connaissance de l'histoire de France. Dans le mouton, tout est bon : le repas se finit par une distribution d'abats et de soupe faite avec la carcasse. J'ai un peu de mal avec les abats, Gaël aussi : je mange certaines parties mais pour d'autres, je n'y arrive vraiment pas !

Il fait nuit quand on repart. La marshrutka n'est pas vraiment adaptée à la route très accidentée mais ce n'est pas grave, ça passe quand même. Le chauffeur négocie les cahots un par un, avec "dva zhina" qui sort de temps en temps pour le guider. La marshrutka est très pleine, même si d'expérience nous savons qu'elle pourrait l'être encore un petit peu plus -- si, si. Gaël et moi sommes assis, avec sur les genoux des petits garçons qui essayent de se disputer un peu pour s'occuper, mais s'endorment très vite ! Les gens commencent à chanter. La chef en particulier chante très bien, d'une voix bien timbrée et légèrement plaintive, et les autres reprennent, les uns sur un ton comique, les autres avec émotion. On arrive dans le village de Kizil Suu. Une épicerie est encore ouverte sur la grand route, Gaël descend avec quelques uns des hommes et leur achète du schnaps, de la bière et du saucisson. On arrive à l'appartement de la dame, dans un immeuble soviétique à deux étages. On prend le thé dans le salon, la dame commence à avoir l'air fatiguée. Devant la télé, un de ses fils, un bel adolescent boudeur, fait très attention à ne pas avoir l'air de s'intéresser à ce qui se passe autour de lui. Nous prenons quelques gâteaux avec le thé et malgré leur aspect inoffensif, je me rends compte assez vite que je suis allergique à l'un d'eux. La dame nous prépare gentiment un beau lit avec plein de tapis, on va être très bien ! Pendant que Gaël fait un brin de toilette, je m'endors très vite. Je suis réveillée par quelqu'un qui me parle, en russe évidemment. Je murmure quelques mots en espérant que la personne va réaliser que je suis très endormie, mais non, rien n'y fait. OK, une minute, je me réveille complètement, je mets mes lunettes : que se passe-t-il ? Un homme jeune a l'air tout a fait exalté se penche vers moi, il a manifestement un peu bu. Mais il a l'air très gentil, et me serre la main avec effusion. Je ne comprends que peu de choses dans son flot de paroles. Il disparaît un instant : vais-je pouvoir me rendormir ? Non, il ressort de la chambre de sa mère en tenant tout un tas de tableaux qu'il dispose par terre devant moi, assise sur mon lit improvisé. Les tableaux représentent des montagnes où courent de grands chevaux, des paysages somptueux au clair de lune (un peu kitsch), ou des motifs rupestres peints en relief sur les toiles. Certains des tableaux me plaisent bien. Sa mère engueule le peintre, lui explique que je suis fatiguée et qu'il faut me laisser dormir. Gaël revient, et commence à discuter : mon russe avait atteint ses limites depuis longtemps ! L'homme est un peintre professionnel qui souhaiterait être exposé à l'Ouest (zapat, zapat, comme il répète tout le temps). Il voudrait notre avis pour savoir si sa peinture peut plaire en Europe, et comment faire pour attirer l'attention des galeries. Pas facile... on convient de discuter plus longuement le lendemain car là on tombe de sommeil ! On s'endort, mais je me réveille plus tard avec un fort mal de ventre, conséquence de mon allergie au biscuit. Je prends un antihistaminique, mais il n'y a pas grand chose d'autre à faire que d'attendre que ça passe. Je change de lit pour aller me serrer contre Gaël qui me rassure et me réchauffe, et je ne tarde pas à me réendormir.

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