Ce matin on reprend la marshrutka pour Baliki, et on peut même s'asseoir ! Notre voyage jusqu'au pied de la rando se fera en au moins trois étapes, on croise les doigts pour que tout s'enchaîne bien et que le voyage ne nous prenne pas trop de temps (sinon on devra marcher plus vite pour rentrer à Bishkek !). Arrivés à Baliki on a de la chance de trouver une marshrutka qui part bientôt pour Naryn et passe donc par Kotchkor où on veut aller. Heureusement on ne se laisse pas arrêter pas les dénégations des chauffeurs de taxi qui affirment mordicus qu'il n'y a pas de marshrutka pour Kotchkor... ils perdent un peu contenance quand même quand on arrive juste à côté de la marshrutka en question... Le chauffeur balance nos sacs dans le coffre, et une femme imposante sort de la marshrutka en râlant très fort car il a mis nos sacs au-dessus de ses sacs de pain qui vont être écrasés. Le chauffeur arrange ça, on se dit qu'elle n'a pas l'air très commode... Mais quand la marshrutka démarre on est assis à côté d'elle, et elle très sympa et discute pas mal avec nous. Elle a appris pas mal de choses sur la France à l'école, nous parle de la Sorbonne ou de la tour Eiffel...
La route jusqu'à Kotchkor est fort pittoresque, on traverse des montagnes très rouges et arides. Nous arrivons à Kotchkor à midi, jusqu'ici on est allés plus vite que nos plans les plus optimistes. On déjeune dans la petit bazaar dans une petite échoppe où on prend du plov et du tchai. On compète aussi nos provisions avec un très beau nan et une livre de cerises qui nous font très envie.
Il faut maintenant trouver un taxi qui accepte de nous conduire à l'endroit bizarre où on veut aller. On va s'asseoir stratégiquement pas loin des taxis pour étudier nos cartes, en attendant qu'ils nous tombent dessus, ce qui ne tarde guère ! La course qu'on voudrait est difficile, elle prend une route avec un col très haut. Certains chauffeurs renoncent tout de suite, d'autres discutent entre eux si c'est possible. Nous on regarde, assez amusés. Je vais acheter une glace. Les chauffeurs étalent la carte sur le chariot de la petite vendeuse qui finit par s'énerver et les chasser. Un des chauffeurs sait bien lire les cartes (c'est loin d'être le cas de tous). Il propose de nous conduire jusqu'à la fin de la route praticable en véhicule normal (non 4x4) mais pas jusqu'au bout. Certains suggèrent qu'on fasse le reste en louant des chevaux aux gens sur place. Si on avait le temps, ce serait l'option la plus pratique, mais là on ne peut pas. On suggère qu'il faut une 4x4. Le chauffeur le plus dégourdi par avec son taxi à la recherche d'une 4x4. Il revient en 4x4 avec le propriétaire de la voiture, un homme solide à l'air sérieux. A nouveau, on sort la carte et c'est l'attroupement autour de nous. Le chauffeur de la 4x4 nous propose une variante pour l'itinéraire : plutôt que de prendre le chemin le plus court, qui est une très mauvaise route, on peut prendre une route en meilleur état, puis revenir en arrière sur la mauvaise route à un croisement. C'est plus long, mais sûrement plus raisonnable aussi : ça évite notamment de passer par le col en altitude. On se met d'accord sur le prix : 15 som au kilomètre. Mais alors qu'on va partir, ils nous disent que c'est en comptant les kilomètres aller+retour : dans ce cas-là, on n'a pas assez d'argent. Ca nous semble d'ailleurs curieux car d'habitude les chauffeur ne comptent que les kilomètre de l'aller. On leur dit donc qu'il nous reste seulement 150 dollars, et qu'on ne peut leur donner que ça (il nous reste à peine plus en effet !). Heureusement ça leur va. On commence par changer 50 dollars à la banque pour prendre de l'essence. Jusqu'ici le chauffeur qui a cherché la 4x4 était resté avec nous, mais il reste à Kotchkor : il aura sûrement une petite commission sur la course.

C'est parti pour 250 km, on pense en avoir au moins pour quatre heures. La voiture est tout à fait adaptée au trajet, une 4x4 bien haute de fabrication chinoise. On roule pendant une heure et demi sur une route en terre, sans traverser le moindre village. Au Sud se trouvent les montagnes qui encerclent Song Kul : c'est très beau, même Gaël le reconnaît : si le relief n'est pas très alpin, les vallonnements se succèdent dans un ensemble très esthétique, et les couleurs des montagnes sont très belles, avec des nuances de verts, bleus et bruns très variées. On commence à croiser quelques yourtes, puis on traverse quelques tout petits villages. En dehors des murs des villages se trouve toujours un petit cimetière. Ces cimetières sont très beaux et émouvants, une collection de petits mausolées en terre cuite qui ressemble à une ville en miniature. Le paysage change au fur et à mesure qu'on avance, devient plus aride, les pentes herbeuses deviennent des pierriers sur les flancs des montagnes. On rejoint le canyon tracé par une rivière tumultueuse. La roche est d'un rouge profond, la rivière blanche à force de remous (celle-là, on ne la traverse pas à pied !). On arrive au croisement où la bonne route que nous avons suivie jusqu'ici continue, et où il faut bifurquer pour prendre une route moins carrossable. Notre chauffeur sait très bien où aller, il connaît bien le coin. Nous comptons les rivières sur la carte pour être sûrs de l'endroit où s'arrêter. La route passe bien avec le 4x4. Il y a quelques yourtes et même des maisons dans la vallée où nous nous engageons, et des troupeaux de chevaux. Le pont qui était notre repère sur la carte est bien là où on l'attendait, on s'arrête là ! On paye le chauffeur puis on lui dit au revoir : encore quelqu'un qu'on a été heureux de croiser, à la fois compétent et sympathique.
On s'écarte un peu de la petite route pour camper. Les montagnes au sud sont superbes dans la lumière rasante qui vient lécher les glaciers, et projeter des ombres veloutées au creux des vallonnements.Il y a plein de petits insectes dans les hautes herbes, du coup on avance vite. On fait un ou deux kilomètres puis on pose le camp, tout heureux d'être arrivés aussi vite au pied des montagnes. Aujourd'hui on a le droit à une entrée, une sauce au vin qui est engloutie avec du nan, puis à des pâtes instantanées qui disparaissent aussi vite. La vallée est très jolie, il y a plein d'oiseaux jaunes et rouges avec des aigrettes colorées et une grande queue, nous n'en avions jamais vu de tels auparavant.
