Gaël Varoquaux

mar. 25 mars 2003

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A travers la brousse de Fiordland : la “Gorge Burn”

Ce week-end : Fiordland, un voyage organisé par le “tramping club” composé d’une quinzaine de sortie. Pour ma part j’avais choisi celle d’Adrian, car c’était celle qui s’enfonçait le plus profondement dans l’étendue sauvage qu’est Fiordland.

Vendredi soir je m’installe donc à l’avant d’une camionette remplie de 5 Américains, 1 Suisse, 1 Suédois, et Adrian et moi. Comme d’habitude les américains sont super sympas, super sûr d’eux, parlent trop fort, et trimbalent de gigantesques sac à dos avec des poches et des sangles partout. Dinner dans Gore puis arrivé à coté du lac Te Anau vers onze heure. Nous commençons à planter la tente mais nous sommes délogés par les flics, donc nous partons plus loin et dormons dans un coin paumé. La nuit a été trés froide, et je n’avais pris que mon sac de couchage léger..

Le lendemain matin nous mettons le bateau d’Adrian à l’eau et traversons le lac Te Anau pour aller nous poser au fond du fjord du Sud du lac. Il fait trés beau et pénétrer dans cette langue d’eau entourée par des pentes quasi verticales couvertes d’une végétation luxuriante me fascine tout autant que la première fois. J’ai l’impression de péntrer dans un autre monde, un monde où l’homme est une fourmi, un monde totallement vierge.

Dés que nous posons pied à terre nous sommes assaillis par les sandflies, un seul échappatoire : se mettre en marche. Il n’y a pas de chemin : nous sommes dans une région qui ne voit pas souvent l’homme. Adrian est cependant assez doués pour trouver les chemins qu’empruntent les cerfs. Le groupe est trés grand pour une brousse aussi dense, et les autres chefs de groupe ont pariés que nous n’arriverons pas à destination. Adrian me demande de rester à l’arrière pour faire le serre file : nous ne devons jamais nous perdre de vue.

La brousse est trés sèche : nous ne nous mouillons pas a son contact, la mousse qui couvre les racines n’est pas trempé, il n’y a quasiment pas de boue. C’est trés rare ici, il pleut 9 mètres par ans. La progression est lente, 1 km/h, mais c’est normal. Nous remontons une gorge, contournant plusieurs lacs. Le but est d’arriver à un col, 600m plus haut. Pour cela nous montons lentement le long de la rivière jusqu’à un replat au niveau du lac “boomerang”, puis nous partons sur le coté, dans la pente vers le col.

Le topo est alors trés imprécis, la pente raide et les sentiers de cerf disparaissent. Nous nous hissons avec les mains grace aux arbustes qui dépassent de la pente. A l’avant ils doivent se battre pour se frayer un chemin. Je vois des sacs à dos et des pieds au dessus de moi, qui disparraissent dans la brousse. S’il se met à pleuvoir, nous aurons besoin d’une corde au retour. Au bout d’une cinquantaine de mètres nous tombons sur une barrière rocheuse. Nous la longeons mais elle s’étend loin, nous n’en voyons pas le bout. Nous avons encore une heure de jour, mais je n’aime pas beaucoup l’idée de camper dans une brousse aussi épaisse et il faudrait trouver un endroit suffisement plat pour nos grosse fly tents. D’un commun accord Adrian et moi décidons de redescendre au lac Boomerang. A la descendre il nous faut contourner une autre barre rocheuse et qui est apparu sous nous alors que nous longions la première.

Nous installons les tentes prés du lac et nous commençons à ramasser du bois pour faire un feu, activité assez rare dans Fiordland. Je pars en reconnaissance pour essayer de trouver un chemin vers la passe. Je m’engage le long d’un ébouli qui monte à l’assaut d’un pic avoisinant, sur le coté je trouve le lit d’un torrent avec peu d’eau, il se sépare et une branche se dirige vers la passe. Je suis alors au dessus de la corniche qui nous a arrété, et j’apperçois à travers les arbres le jour, sur ma droite, cinquante mêtre au dessus. Cela me semble une possibilité, mais il est trop tard pour que j’aille plus loin.

De retour au camp nous nous faisons un excellent repas : Adrian travaille dans le département de nutrition, et je ne suis pas certain que cela soit un hasard. Le feu de camp nous éclaire et la nuit n’est pas froide, nous pouvons donc rester debout longtemps et avoir une soirée agréable. Lorsque je vais au lac pour me laver les dents je découvre un payasage silencieux, baigné de la douce lumière de la lune. La lumière du feu, et sa chaleur, crééent comme des murs qui nous aveuglent et nous font perdre conscience du calme et de la magie de la nature qui nous entoure.

La nuit a été confortable et le lendemain matin je bénissais la moustiquaire de mon sac de bivouac, regardant enmitouflé dans mon sac de couchage les autres essayer de dormir sous les attaques des sandflies. Il a plut, certe, mais nous n’avons pas été mouillé.


Nous partons, abandonnant les sacs sous une tente. Je mène la marche, retraçant mon chemin de la veille. J’ai un peu d’inquiétude quand à la suite : mon itinéraire va-t-il aboutir ? La brousse se révèle peu dense, et nous tombons vite fait sur des sentiers de cerfs. En une demi heure nous sommes au dessus des arbres et dans la vallée qui mène au col : les difficultés sont passées. La vallée est de toute beauté : un torrent coule au fond, reliant plusieurs petites mares. Au dessus une grande plaque rocheuse s’étend sur plusieur centaines de mêtres, quasiment verticale, jusqu’à un sommet. On apperçoit le lac boomerang en bas, et derrière une autre pente boisée, entrecoupée de barres rocheuses, qui mène à un petit lac enfermé par des falaises à pic.

Le col lui même est situé au confluant de trois vallées. On peut voir le long d’une d’entre elle profond dans les étendues sauvages de Fiordland. Le payasge est un mélange de rochers, de neige, d’herbe jaunâtre, de lacs, torrents, cascade, et bien sûr, plus bas, de forêts luxuriantes. Les appareils photos fusent, mais nous n’allons pas rester là longtemps : comme nous n’avons pas pris les sacs nous sommes tous en t-shirt avec un simple coupe vent au dessus. Un amerloque gigantesque, vétu d’une veste technique orange d’une marque hors de prix dégaine un appareil photo digne d’un film de science fiction et déclare qu’il veut être pris en photo avec “the crazy frenchman” ? Depuis que j’ai trouvé un chemin à travers le rempart de brousse je suis devenu la mascotte de ses joyeux lurons du nouveau monde.

La descente se fait sans difficulté, par un chemin similaire à celui emprunté lors de la montée. Arrivé au lac je presse tout le monde de faire son sac : les sandflies, absentes pendant la nuit, nous font sentir leur présence. Adrian reprend la tête de la file, et moi la queue, position qui me plait car je suis au calme, et nous partons d’un bon pas. Il y a beaucoup de chemin à faire. Au bout de quelques heures de marche nous terminons nos provisions : un vrai festin. Le même américain, Kevin, se retrouve systématiquement devant moi, à l’arrière du groupe. Il passe son temps à tomber dans les différents trous qui s’ouvrent entre les racines et les pierres et n’arrive pas à suivre le rythme. Heureusement la tête s’arrète fréquement, en quète d’un passage au dessus d’un arbre tombé ou d’un torrent. J’ai tout de même hâte d’en finir : Kevin est visiblement épuisé et il va finir par se faire mal en tombant.

Nous arrivons enfin à la plage, que nous pouvons longer pour retomber sur le bateau. Nous embarquons en catastrophe, désireux d’échapper aux éternelles sandflies. Au bout de quelques centainess de mêtre Adrian arrète le bateau et plonge dans l’eau. Les autres font de même, mais moi je suis trop poule mouillée. J’attends que nous repartions et je vais m’installer sur le capot à l’avant. C’est le retour à la civilisation, de l’autre coté du lac Te Anau. Ce lac magique marque la séparation entre un monde dûr, sauvage et indompté, et les plaines de Central Otago qui, bien que désertes et inhospitalières, sont placés sous le reigne du genre humain.

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