Gaël Varoquaux

mer. 05 mars 2003

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Le Mont Cook

Cela me trottait dans la tête depuis quelque temps : une superbe photo du Mont Cook trone au dessus du bureau de la secrétaire du département de physique. La photo est impressionante par sa taille, mais aussi par l’empillement de glacier, de falaises, de couloirs d’avalanche… qu’elle montre. Je voulais voir ce montre en réalité, me balader autour, mais d’ici c’est loin. Soudain la semaine dernière j’ai décidé qu’il fallait absolument que je profite des derniers jours de beau temps avant que l’hiver ne vienne. Je me sentais enfermé dans mon labo, alors que un soleil fabuleux brillait dehors. J’en ai parlé à Chris qui a était tenté. Quelques e-mails à des amis du tramping club m’ont fournit des renseignement sur ce qui était faisable dans le coin, et je me suis procuré une carte et un topo. C’était devenu un besoin urgent : partir pour le Mont Cook, et vendredi j’ai soudain décidé que c’était pour ce week end : la météo était bonne sur tout l’Otago et il fallait en profiter. Chris s’est désistéé : il était retenu pour le week end, avec lui partait toute chance d’avoir une voiture. Que cela ne tienne, j’irais en stop.

Je suis passé à la réunion du tramping club le midi pour prendre du materiel : ils avaient de bons crampons et piolets, cela peut toujours être utile. Je retourne donc au labo avec le piolet attaché à mon sac et les crampons sanglés sur le coté, décidé à foutre le camp le plus vite possible.

Malheureusement quelques savants fous ont inventé un truc fabuleux qui s’appelle une pompe à sublimation de titane. Le principe est trés simple : il y a dans le système sous vides des filaments de titane que l’on chauffe par un courant électrique. Si le courant a la bonne intensité le titane sublime et va constituer une fine couche sur les paroies du système sous vide. Il peut alors adsorber toutes les impuretés et laisser un trés bon vide. Sauf qu’il faut déterminer le courant à injecter pour atteindre la sublimation. Si on en met pas assez on chauffe juste le filament qui libère une tonne de saletés et on peut voir la pression augmenter. Si on le chauffe trop on le fait fondre. En théorie quand on a juste le bon réglage on peut voir la pression augmenter quand on le chauffe, puis chutter juste aprés. En pratique il n’y a pas de jauge de pression dans mon système, c’est la jauge de la pompe que j’ai utilisé pour le vider qui sert. Bref il fallait rendre la pompe aprés le week end, et donc terminer ce boulot le jour même. Alors j’augmentais lentement le courant, lançais la procédure, surveillait la pression (qui chutait forcement aprés la séquence de chauffage à cause de la pompe), ne voyait rien de probant, et donc réaugmentais le courant. Et ce pendant l’aprés midi. Rien ne se passait, la pression ne chutait pas de façon significative et en parlant avec les autres j’ai appris qu’il n’y avait pas un groupe au monde qui comprennait comment sa pompe à sublimation de titane marchait réellement. Celui d’Alain Aspect détiend le record de filaments fondus : 8, ils ont une bonne idée du courant nécessaire pour faire fondre le filament, mais pas de la limite de sublimation. Au fur et à mesure que j’augmentais le courant on a commencé à me suggère de faire fondre le filament exprés, pour calibrer les deux autres de rechange (qui attendent bien au chaud dans la chambre sous vide à coté du premier). Vers 5 heures je n’étais toujours pas partir. Andrew avait quitté son bureau et nous regardions le courant monter et la pression faire le yoyo. Pour ma part je dansais sur place, consultant le topo du Mont Cook entre chaque cycle. Arrivé à un certain point Andrew et moi nous somme mis d’accord que aller plus haut fairait fondre le filament, et donc qu’il y aait forcement sublimation, et que moi je partais en courant, que je ne revenais pas lundi, et qu’il libèrerait la pompe lundi et fermerait le système. Bien sûr mon départ était grillé, mais cela me laissais le temps de faire mon sac et de me coucher tôt. J’ai même pu me faire une grosse miche de pain pour le week end.


Le lendemain matin j’étais à la sortie de Dunedin, le pouce levé. La première personne qui m’a pris m’a déposé quelques kilomètres plus loin, dans un endroit où personne ne s’arrétait. Puis j’ai été pris en stop par un jeune “derry farmer”, bref un cow boy. Il conduisait à fond une vielle voiture à boite manuelle (ce qui est rare ici) en écoutant du rock à la guitare électrique grinçante. Personnellement j’aime plutôt ce genre de situation : cela donne de l’authenticité au paysage.

Il m’a déposé à un embrenchement vers “central otago”. Deux minutes plus tard une autre personne était déposée 50m en avant de moi et commençait elle aussi à faire du stop. Nous avons était pris par la même voiture : un couple de kiwis dans une 4x4 qui m’ont déposés au milieu de nul part car c’est là qu’ils allait (ainsi que l’autre autostoppeur). Je me suis demander si j’allais attendre longtemps, en bas de cette côte, sur cette route droite pendant des kilomêtres, à travers des champs déserts. Heureusement j’ai été pris un stop par un australien avec lequel j’ai conscienceusement refait le monde pendant deux heures. Nous avons traversé des paysages superbes : des collines ou presque rien ne pousse à cause de la secheresse, et qui sont recouvertes de petits groupes de rochers, se dressant bizzarement dans l’air. Je me suis promis que je retournait là juste pour le paysage.

J’ai été déposé à coté d’un lac, et j’ai savouré mon déjeuner dans un soleil radieux, qui commencait à me donner des coups de soleil lorsque j’ai repris ma position sur le coté de la route. Cette fois c’est un beau kiwi torse nu au sourire iluminé qui c’est arrété. Il revenait d’une semaine d’ouverture de voies d’escalade un peu plus loin, mais s’arrétait car le mauvais temps approchait. Je n’ai pas voulu le croire pour ce qui s’agissait du mauvais temps. Nous avons traversé de superbes montagnes desertes, où je me suis aussi promis de revenir. Il m’a laissé dans un village typique du centre de l’ile du sud : une intersection entre deux routes avec des maisons de part et d’atres des routes. La voiture suivante était conduite par un hollandais auquel j’ai expliqué pour la quatrième fois de la journé (et pas la dernière) ce qu’était la condensation de Bose Einstein. Le dernière bout de chemin (100km ne menant nul part ailleurs qu’au Mont Cook) a été parcourru en compagnie d’un écossais.

Je suis donc arrivé à “Mont Cook Village” à 17h, juste à temps pour passer au bureau du DOC afin de prendre la météo (moyenne, mais pas catastrophique), l’état de la montagne (pas de neige fraiche depuis une semaine, la neige à eut chaud et s’est bein stabilisé), et de décliner mes intentions pour le week end (afin qu’ils puissent envoyer les secours si je ne reviends pas).

Une petite marche de deux heures sur un bon chemin m’amène à l’abris où je comptais passer la nuit. C’est une petite cahutte sans porte à coté d’un ruisseau. Il y a une table et des bancs, qui se sont révélés un peu étroits pour dormir et je n’ai compris qu’aprés coup qu’ils n’avaient pas été conçut pour cela. Alors que le soleil se couchait j’ai pu profiter d’une jolie vue du mont Cook de loin. Mon objectif était de remont la vallé jusqu’au “Hooker glacier” puis de le longer au dessus des murs de la morraine pour passer au dessus de “Ball Pass”, à coté du Mont Cook, afin de redescendre sur le “Tasman Glacier”, de dormir dans le “Ball shelter” au dessus des mur de la morraine du glacier Tasman, puis de m’en retourner. Pendant la nuit le vent c’est levé et j’entendais que les raffales rabattaient quelques précipitations sur les murs de mon abris. Le leendemain matin j’étais surpris de ne pas trouver de la neige partout autour de moi. Mais non, le Mont Cook était caché par les nuages, mais le col que je visais était encore visible, et il n’avait clairement pas de neige fraiche dessus. Je n’avais donc aucune excuse pour ne pas y aller (la pluie n’en était pas une).

Cependant j’ai n’ai jamais trouvé le gués indiqué par mon topo. L’endroit où il suggérait de passer la rivière ne me tentait pas du tout, et je n’ai eut la réponse que aujourd’hui : une recherche sur internet m’a révélé que le chemin actuel passe quelques kilomètres plus bas dans la vallée. Je me suis donc dit que j’allais suivre le chemin jusqu’à la hutte “Hooker”. Une fois arrivé au glaier il m’a fallut une demi pour trouver le gués pour fanchir un premier ruisseau, puis il a fallut se hisser à l’aider des mains en haut du mur de la morraine. A ce stade j’étais couvert de boue et trés pressé d’arriver enfin à du véritable alpinisme. J’ai perdu le chemin 6 fois avant d’abandonner. Cette horreure passait un dessous et au dessus de mur de la morraine tous les 500m. Je dois avouer que j’ai décider devant une descente vers le glavier particulièrement moche que la hutte n’en vallait pas le coup.

Je suis rentré au village pour signaler mon abandon, puis j’ai tenté mon coup dans l’autre vallée qui permet d’approcher le mont Cook. Il pleuvait des cordes et un fort vent ballayait les vallées. Au fond on pouvait voir les plaines de “central Otago”, toujours ensoleillées.

Il y a 8km de route avant d’arriver au Tasman Glacier, et je n’avais pas une envie folle de les faire à pied, je faisais donc du stop au fur et à mesure que je progressé vers le glacier. La seule voiture qui c’est arrété allait dans l’autre sens. Elle était pleine de matériel d’alpinisme en piteux état et le barbu qui la conduisait m’a conseillé de faire demi tour, me prévoyant un temps horrible. Bien sûr je ne l’ai pas écouté, j’étais bien convaincu que je saurais voir le danger et me planquer avant la tempête. De toute façons ma carte indiquait un trés bon chemin jusqu’au Ball shelter. Il est vrai que le jour diminuait trés vite, et ce à cause des nuages, et non de l’heure. Je pressais le pas, il me restait une vingtaine de kilomètres si personne ne me prenait en stop. Personne ne m’a pris et j’ai marché pendant pas mal de temps. A la fin de route carrosable j’ai repéré un abris, présent aussi sur la carte, c’était un bon point de chute en cas de problème.

Le chemin se prolongeait entre le mur de la morraine, qui dépassait de cinquante mêtres sur ma droite, et la chaine de sommets séparant les deux vallées. Il continuait à perte de vue, sinuant et monotone, me redant fou à force. Je pressais le pas, j’avais le sentiment d’étouffer dans cette atmosphère grise, sur ce chemin de pierre, bordé par des pierres et des falaises, dans un paysage où la végétation était presque entièrement absente. Finallement mon imagination délirante crois distinguer une forme blanche au loin. Je ne rêve pas, il y a bien une trace de l’activité humaine qui brise la monotonie, mais ce n’est pas l’abris, juste une 4x4 blanche garée : elle ne peut aller plus loin, des grosses pierres barrent le chemin. Et pour cause, quelques dizaines de mètres plus loin le mur de la morraine s’est effondré et la route plonge droit vers le glacier. Un petit chemin a été creusé sur le coté et je m’engage d’un pas pressé dessus : le vent se lève brusquement. Le chemin monte et descend le long du mur de la morraine. il devient étroit et le bourrasque me déséquilibre. Il me tarde d’atteindre le refuge. Soudain je n’en peux plus : le refuge n’est pas loin, et il me serait facile de continuer, mais le retour le lendemain matin me fait peur : les conditions seront pires. Peut-être ai-je manqué de courage, peut-être ai-je fait preuve de sagesse. Tout ce que je sais c’est que le “Ball shelter” était proche et confortable, tandis qu’il m’a fallut suivre cette infernale route encore pendant deux heures, avecla nuit qui tombait, pour arriver à un autre abris de picnic.

Je me suis arrété pendant un moment pour contempler le glacier qui s’étendait à mes pieds. Gris comme tout le reste, bien sûr, à cette altitude il est couvert par des pierres et on apperçoit pas la glace mais un relief lunaire. Derrière des pics infernaux, sans couleurs, sétendaient vers les nuages. Cela me paraît un paysage que convient tout à fait au “Mordor”, le pays du mal de Tolkien. Sous cet éclairage gris l’immense vallée toute entière respirait le mal et la méchanceté.

Arrivé à mon abris j’ai constaté qu’il avait deux ouvertures sans portes, le vent le traversé donc de part en part. Je me suis installé dans un coin, protégé de la pluie et du vent. Conçut pour abriter les touristes qui pic-nicquent l’abris éait munis de beaucoup de fenêtres, ce qui me permettait de goutter pleinement à la tempète. J’ai dormit sur le sol, sous un banc. Bien au chaud, j’entendais le vent hurler à la mort et j’avais la sensation bizarre que les éléments qui se déchainaient autour de moi n’étaient pas vraiment arrétés par mon abris, mais me laissaient un surcis. Le lendemain matin j’ai pus voir que la pluie avait pénétré dans l’abris sur plusieurs mêtres, portée par le vent entre les deux portes. Je me suis mis en marche sur cette route infernale, à moitié admiratif de cette beautée cruelle de la nature, à moitié abattu par la pluie et le vent. Quand une 4x4 c’est présenté, descendant la route, j’ai levé le pouce de façons automatique. J’ai été pris en stop et je l’ai presque regretté : de l’intérieur d’une voiture on ne peut complétement apprécier la violence sublime du paysage.

Le reste du trajet vers Dunedin a été à la fois banal et génial : j’ai expliqué la condensation de Bose Einstein à trios autres personnes ; discuté de la guerre en Irak avec un américain et deux Israeliens ; j’ai écouté de la techno dans une grosse voiture à boite automatique conduite par un gros kiwis au regard fuillant ; j’ai joué avec un gosse alongé à l’arrière d’une camionnette remplie de tout le nécessaire pour vivre pendant tout l’été ; j’ai été abandonné au prés d’un lac sur une route déserte par un marchand ambulant, me promettant de repasser me prendre une demi heure plus tard… mais je n’y était pas : j’étais à coté du lac, me baignant enfin de soleil et tartinant le reste de mon pain dans un joyeux et dernier pic-nic.

En dehors des montagnes le temps était si beau qu’arrivant à Dunedin je me suis précipité à la plage, pour me rendre compte que l’eau était si froid que je n’arrivais pas à laisser mes pieds dedans. Ce soir je me suis couché tôt, mais j’ai révé de la “Ball pass”. Si je trouve le temps j’y retourne, j’ai maintenant des informations précises sur l’itinéraire et je sais ou trouver une météo pour le Mont Cook. De plus j’aimerais quand même l’appercevoir à moins de dix kilomètres.

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