Gaël Varoquaux

sam. 15 février 2003

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Une rando de folie dans les Fjords

Voici le récit d’une rando dans “Fjordland”, un endroit assez exeptionnel…


Mercredi soir, 7h, j’attendais sur le balcon, en train de lire le Otago Daily Times, le canard local, avachit dans un profond fauteuil, en tenue de combat : sandales confortables, pantalon brun avec beaucoup de poches, et fourrure polaire, bien sûr. J’attendais donc une fourgonette tirant un bateau, le type qui m’avais contacté par mail m’avait dit qu’il tirerait un bateau. Bien entendu ils étaient en retard, et plus qu’un peu. Finallement je vois une vielle 4x4 jaunâtre surgir au coin de la rue, derrière elle une petite vedette de 6 metres en alu. La 4x4 s’arrète loin de la maison mais j’avais déjà saisi mon sac. Il en sort un grand type avec un sourire ahuri mais bronzé et un T shirt “Otago University Tramping Club” vaguement rentré dans son jean. Quand je parviens à son niveau j’apprend qu’il s’appelle “Danillo”, et nous sommes parti vers la 4x4. Non, bien sûr il n’y a pas assez de place dans le coffre, mon sac part dans le bateau et moi je me dirige vers la porte du passager pour monter derrière. Malheureusement il y a quelqu’un et nous nous regardons pendant un instant à travers la vitre, indécis. Puis il ouvre la vitre et se présente “A-a-adrian”. Effectivement c’est le type avec qui j’avais pris contact, mais il a un volant dans les mains : il n’y a rien a faire, j’ai beau essayer trés fort de le changer, ils conduisent à gauche ici. Je fais donc le tour penaud et me hisse dans une voiture légèrement sâle et particulièrement encombrée par toute sorte de matériel. A l’arrière il y a une troisième personne, Craig, qui pèse au premier coup d’oeil ses 90 kilos et n’a pas l’air commode. Danillo est clairement le Bon, mais je ne sais lequel de Adrian ou Craig est le truand.

Nous sommes donc partis et d’aprés la conversation je comprend que Craig et Danillo vont ête déposer pour faire l’avitaillement tandit que Adrian va faire le plein d’esence. Je décide de rester avec Adrian et passe devant. La conversation débute difficilement. Il ne me faut pas longtemps pour comprendre que ce géant à l’air un peu gauche est trés sérieusement bègue, mais son visage reflète une grande intelligence alors que sa bouche happe vainement l’air à la recherche de syllabes et on sent qu’il a beaucoup plus a dire qu’il n’en articule. A la station service il remplit son réservoir puis vérifie systématique la pression des pneux, remorque y compris.

Arrivé au supermarché il ne nous faut pas longtemps pour trouvé les deux autres : Craig déambule tranquillement derrière le cadi dans une grosse polaire tandis que le grand et maigre Danillo fait dans allez-retours rapides d’un rayon à l’autre. Nous repartons avec une provision plus que raisonnable de riz, pattes, muesli et lait en poudre. Avant de quitter Dunedin nous nous arrétons pour prendre Tim, qui nous attend sur le bord de la route avec son gros sac à dos, ses cheveux mi-longs et sa barbe pointue. Puis nous fillons vers le sud. C’est l’aventure : je ne suis encore jamais allé à plus de 20km de Dunedin.

Craig dégaine son portable : des affaires importantes à régler avant le week end. Je ne peux m’empécher de préter l’oreille : quelque chose est tombé au fond d’une clairière… “Oui, c’est plutôt inaccessible mais va falloir que tu amène le camion là… une vrai boucherie, un bazard pas croyable, il faut que tout soit nettoyé ce lundi”. De quoi parle-t-il ? La conversation dure bien cinq minutes pendant lequels Craig discute d’un nettoyage et de sa difficulté : “Il va falloir ramasser les morceaux… Je me demande bien comment il a pu arriver là… Ils ont vraiment fait un travail de cochons”. C’est décidé, Craig doit être le truand, mal rasé, la mine patibulaire, pas trés bavard (à part pour décrire une scène de … massacre ?). Je ne saurai jamais de quoi il s’agissait, mais j’apprendrais plus tard que Craig dirige une petite exploitation forestière et est spécialiste en travaux lourds de bucheronnage.

Une fois le téléphone raccroché Craig et Adrian échangent quelques mots dont je ne saisis pas le quart. Craig est assis au plus profond de son siège et Adrian tenant le volant d’une main est retourné vers lui. De temps en temps il jète un coup d’oeil à la route et corrige sa trajectoire. Heureusement il n’y a pour ainsi dire aucune voiture sur la route.

Quelques dizaines de kilomètres plus tard Craig fait signe de s’arréter : il est déjà passé là dans la journé et doit 3 $ à quelqu’un : il n’avait pas de monnaie. Nous traversons de longues vallées encerclées par de petites montagnes éclairées par le rose du soleil couchant. Entre quelques fermes éparses on peu voir des champs claircemés de moutons. Craig fini par sortir un livre de science fiction et la conversation meure. Pour ma part je m’endore, comme d’habitude en voiture.

Quelques heures plus tard nous entrons dans Gore, une ville précédée par sa réputation de trou paumé, de peuplade de fermiers mal dégrossis : “southern land, southern people”, et fiers de l’être. Nous nous arrétons juste pour faire le plein. Pendant qu’Adrian vérifie la pression des pneux nous nous dégourdissons les jambes. La jeunesse de Gore est présente, elle boit de la bière depuis de grosses voitures américaines. Des garcons habillé de jeans nous interpèlent : “You’ve got a cool boat here.” “How much do you ask for it ?”. 5 minute plus tard Gore est derrière nous.

Qand je me reveille nous arrivons à Te Anau où nous nous inscrivons sur un livre du DOC précisant notre itinéraire, notre date de retour et la date à partir de laquelle il fallait déclencher les secours si nous n’étions pas de retour.

Il est 2h du matin quand nous arrivons au lac. Une cahute nous permet de poser vite fait notre sac de couchage et nous nous lavons les dent à la lampe frontale. Tim décide qu’il fait beau et qu’il préfère dormir dehors.


Le lendemain Craig est le premier debout. Nous découvrons la cahutte à la lumière du jour. Il s’agit de la première “Back Country Hut” établie, le premier refuge de Nouvelle Zélande. A l’heure actuelle il ne reste plus que des murs et un toit. Tout le monde sort sa gamelle pour le petit déjeuner. Je n’ai pas pris la mienne à la suite d’un malentendu, alors je verse une grande quantité de muesli et de lait en poudre dans une casserole et j’emprunte la cuillère de Craig. Viens le moment de faire les sacs, et je m’apperçois que mes compagnons n’ont pas acheté que des rations légères… Puis tout est chargé dans la bateau ; Adrian nous distribue des gilets de sauvetage et Craig recule la voiture jusqu’à ce que le bateau soit à flot. Nous somme soulagé d’apprendre qu’il ne va pas falloir se mouiller pour monter à bord : Adrian va se mettre au ponton. Une fois la voiture garé et tout le monde à bord nous larguons les amarres. Les trois place assises sont prises à bord et je pose à l’arrière. Le bateau file doucement mais je contemple le moteur d’un air soupconneux : 115 chevaux sur une barcasse d’un tel poid cela ne doit pas faire beaucoup de bien quand cela part. En effet Adrian ne faisait que chauffer le moteur et il augmente graduellement la puissance à mesure que la “mer” devient plus rude. Le lac fait 88km de long et 10 de large ce qui est largement suffisement pour qu’une houle raisonnable est le temps de se former. Nous nous trouvons vite à ricocher sur le vagues, Adrian debout aux commandes et les autres agripés sur ce qu’ils trouvent, rebondissant contre la coque à chaque choc. Il nous faut bien une demi heure pour traverser le lac et s’engager dans le fiord qui nous intéresse. Adrian s’amuse à raser la cote et à passer en des iles. De superbes montagnes plongent à pic dans le fiord avec ici et là une chutte d’eau ou une falaise. Finallement nous arrivons à une petite plage au fond du fiord et, le moteur relévé, le bateau aterrit doucement dans le sable.

Nous sommes donc arrivés sur une petite plage on fond d’un fjord de lac Te Anau. Je saute à terre avec une ammarre et je la passe autour d’un arbre pendant que les autres déchargent les sacs.

La forêt est extrèment dense, on ne voit que à une dizaine de mêtres dedans, mais elle n’est pas trés haute, 4 mêtres au plus. Une fois les sacs déchargés nous partons avec nos sac pour les amener sur l’autre lac (Lake Hotchinson) tandis que Adrian va mouiller le bateau (à la Morbihannaise, j’apprendrais plus tard en discutant avec lui). Un triangle orange sur un arbre le long de la plage signale le début du chemin et nous nous engagons dans la forêt. En quelques instants nous somme au plus profond d’une “rain forest” (je n’ai pas trouvé de traduction).

J’aimerais pouvoir décrire cette superbe forêt : “the native bush” comme on l’appelle ici. C’est clairement une forêt d’un climat extrèmement humide qui n’a jamais été souillé par l’homme à part sur quelques rares chemin. Il y a du vert partout : les troncs d’arbres montent du sol au feuillage dans un désordre pas croyable, coudés, sinueux, se croisant et s’enchevêtrant. Sur le sols toutes sortes de plantes rivalisent pour couvrir le moindre centimètre de terre laissé nu par les racines protuberrantes des gros arbres. De la mousse verte couvre tout : troncs, racines, blocs de pierre, branches mortes. Des branches pendent des lianes vertes formées de mousses, ou même par fois de véritables lianes. Il n’y a essentiellement pas de buissons au sens où nous l’entendons, tout est couvert d’un mélange varié d’espèces. Il y a même des petites palmiers qui nous arrivent aux genous.

Le chemin n’a rien à voir avec ce que nous appellons chemin. C’est une bande de un demi mêtre de large où il n’y a pas de végétation. Il est cependant traversé par des racines couvertes de mousse et trés glissantes. De plus il suit un tracé ératique pour éviter la myriade d’obstacles que créé la forêt. Par moment il passe sous un arbre tombé, et il faut se baisser trés bas pour passer avec le sac à dos, d’autres fois c’est au dessus du tronc qu’il faut passer. Il faut se glisser entre deux troncs serrés, escalader un amas de pierres et de racines…

Pour l’instant le chemin n’est pas trop mauvais et en un quart d’heure nous arrivons à l’autre lac. Là un hangar trone au milieu de la brousse et des rails en bois descendent jusqu’à l’eau. Dans le hangar il y a un bateau, et Adrian a la clef du hangar. Malheureusement le moteur n’est pas fournit avec, il faut donc retourner à la plage chercher un petit hors bord, enfin si on peut considérer que 15 chevaux c’est petit. Craig et moi choisissons un long morceau de bois au quel nous attachons le moteur. Nous pouvons donc entamer à nous le trajet vers le lac Hotchinson, avec lourde branche nous sciant l’épaule à chaque pas. Il va de soit que le trajet n’est pas vraiment facile, d’autant plus qu’il faut placer ses pieds avec soin pour ne pas tomber. Danilo nous escorte, exité comme une puce, proposant de l’aide que nous refusons, tout en lui promettant qu’il portera le moteur au retour. Une fois le moteur de l’autre coté nous descendons le bateau, amarrons le moteur, chargeons les sacs, et nous voilà partis.

Pendant tout ce temps les “sandflies” nous harcellent. Les “sandflies” sont de toutes petites mouches qui, comme les moustiques, ont besoin de notre sang pour se reproduire. Ces petites bètes sont trop lente pour pouvoir nous suivre quand on marche, ne peuvent mordre à travers les vétements et mettent pas mal de temps à trouver un emplacement qui leur conviennent dans notre belle chair. De plus leur morsure n’est pas trés douloureuse, et tant qu’on est dans la brousse on est bien trop occupé pour beaucoup se gratter. Ces mouches ne sont donc en soit pas trop méchantes. Mais le problème est qu’il y en a des miliers. Danilo lui a une solution : il se met un filet sur la tête. Le seul produit chimique efficace pour les éloigner est tellement actif qu’il ne faut pas en mettre sur les vétements synthétiques : il perce un trou dedans. La légende Maori veut que le dieu qui a créé les fjords ait créé les sandflies pour que les humains ne puissent pas goutter au paradis sur terre : les fjords étaient trop beau, il fallait une punition pour pouvoir y accéder.

Sur le lac un fort vent souffle dans le sens opposé à la marche de notre bateau, les sandflies disparraissent donc bien vite. Mais le ciel s’est couvert et le bateau tappe sur les vagues, me trempant complètement. De plus il se remplit assez vite et il faut éccoper. Arrivé de l’autre coté je suis aussi mouillé que si j’avais pris une douche, et je grelotte. Je me mets bien vite en route pour la première hutte, dix minutes plus loin : la marche me réchauffera sûrement. Arrivés à la hutte nous décidons de continuer jusqu’à la suivante avant de prendre notre déjeuner. On me préviend qu’il y a pont un peu plus loin, on se retrouvera là bas. Effectivement aprés cinq minutes de marche j’arrive à la rivière. Trois cables métalliques sont tendus à travers et nous traversons les uns parés les autres, attendant que le précédent ait fini sa lente progression dans le vide : les cables ne sont pas conçus pour supporter plus d’une personne. Le reste du trajet n’est que brousse et rochers. Le chemin est indiqué par de triangles oranges trés bien positionnés mais par moment pas visibles à plus de dix mêtres. Le chemin se confond avec la brousse trés aisement et si on le perd on a peu de chances de le retrouver. Par moment les fougères sont tellement denses que l’on apperçoit même pas ses propres pieds.

Nous devons passer le long d’un lac. C’est toujours en moment pénible dans Fjordland : les montagnes plongent directement dans le lac et l’on doit faire une traversée sur une pente trés raide et tout de même encombrée par la végétation. Chaque obstacle doit être contourné en montant une dizaine de mêtres, s’agrippant avec les mains aux racines et aux fougères, pour les redescendre juste aprés. De plus je ne sais pourquoi il y a tendance à y avoir plus d’arbre tombés sur de telles pentes. Lorsqu’un arbre est tombé trop récement et que le chemin n’a pas encore été modifié il faut se frayait un chemin dans la brousse. Il vaut mieux généralement essayer de passer au dessus : dans le trou laissé par la souche il n’y a pas de végétation, c’est donc plus facile d’avancer.


Deux heures plus tard nous arrivons à la hutte du lac Thompson. C’est l’occasion d’un bon repas, mes compagnons ont vu large sur la nourriture, cela tombe bien j’étais affamé. Ces huttes sont de petites maisons en bois avec une unique pièce. Celles que nous avons visitées avaient huit couchettes, une table dans un coin, un poele ou une cheminée, et un petit placard. Dans le placard on trouve toutes sortes de choses que les gents ont laissé : des livres souvent, des denrées non périssables, des couverts.. Dans la première hutte j’avais récuppéré un bol, dans la deuxième une cuillère, et le problème des couverts avait été résolu. Au retour je les ai bien sûr laissé dans la dernière hutte. Il y a aussi dans chaque hutte un livre où chaque groupe laisse le nom de ses membres, son activité et son intention de route. Un tel livre sert lorsque un groupe est porté manquant, ce qui arrive relativement souvent. Nous les avons rempli méticuleusement à chaque hutte devant laquelle nous passions. Pour passer la nuit dans une hutte il faut laisser des tickets dans une boite, tickets acheté en ville dans n’importe quel bureau du DOC. Je n’avais bien sûr pas de ticket mais à mon retour j’ai acheté un pass annuel, 30 euros, cela ne me paraît pas du vol.

Aprés le déjeuner nous reveillons Tim qui s’était immediatement endormi et nous repartons à l’assaut de la montagne : la prochaine hutte est de l’autre coté d’une passe, au fond du “George’s sound”, un fjord de la mer de Tasman, soit à dix heures de marche d’ici, et au bout du chemin. Nous n’avons bien sûr pas l’intention de marcher dix heures, mais nous voulons nous placer au pied de la passe, pour avoir moins de chemin le lendemain.

Nous passons de nouveau au dessus de la rivière, mais cette fois elle est dans des gorges profondes et étroites. Suffisement étroites pour que nous aillons droit à un vrai pont. Du pont on peut admirer une superbe chute d’eau d’une dizaine de mêtres qui tombe d’un bassin creusé dans le rocher vers le fond des gorges. Fjordland est un pays trés raide et trés humide, il y a donc des chutes d’eau absolument partout.

Le chemin se met à grimper sec, et je suis vite obligé de m’aider de mes mains. Le temps passe vite et lorsque vers 5h nous appercevons sur replat un endroit sympatique pour bivouaquer nous nous arrétons, craignant qu’il n’y en ait pas d’autre avant la passe. Là je vois apparaître la “tente” emportée pour le groupe. Les kiwis appellent cela une “fly tente”, j’appelle cela une bache tendue entre les arbres par des cordes. Heureusement j’ai pris mon sursac de bivouac, je serais au sec, moi au moins. Nous sommes prêt de la rivière mais, assez curieusement il n’y a pas de sandfly.

Nous nous faisons un succulent repas : du riz avec diverses legumes frais, un régale par rapport à ce que je mange d’abitude en rando. Pour le dessert je découvre les “instant puddings” : des poudres qui, mélangées à de l’eau donnent des crèmes de gouts varié. Puis Craig et Adrian se mettent en tête d’allumer un feu. Bien sûr tout est humide alors ce n’est pas évident, même avec les allumes feux de Craig. Résultat ils préchauffent leur bois sur le réchaud, et finissent par réussir à allumer un feu, qui dégage une fumée trés chargée en vapeur. La nuit tombe et je me couche, bien emittouflé dans mon sursac. Je dois dire que j’ai passé une excellente nuit, bien à l’abrit dans mon sac de bivouac, lui-même sous la bache tendue par mes amis “tramper”.


Le lendemain matin ils étaient debout bien avant moi : il n’avaient pas de moustiquaire pour les protéger et les sandflies ont attaqué dès le matin. A genoux sous la bache nous avons pliés nos sac de couchage et puis nous avons dégusté du mueslie au lait en poudre à coté de la rivière. Je crois qu’il n’y a pas eut beaucoup de paroles échangées : nous savions ce que nous avions à faire et étions pressés de nous mettre en route pour échapper aux sandflies.

Nous avons donc repris le chemin qui disparaissait sous la végétation. Mes chaussures étaient encore humide de la veille mais je n’étais tout de même pas trés enthousiaste à l’idée de plonger mes pieds dans la boue. Danillo, qui était derrière moi, me regardait d’un air amusé sauter d’un bout de bois à l’autre tandit qu’il marchait vaillament au milieu des flaques d’eau. Bien sûr mes tentatives de rester sec étaient vaines, et au bout de quelques glissades j’étais aussi trempé que Danillo. J’avais tout de même eut le temps de faire une raison et je me suis mis moi aussi à marcher au milieu des flaques. Ce n’était que pour me rendre compte que l’on arrivait à un marécage, et que dans certaines “flaques” on pouvait s’enfoncer jusqu’aux genoux. Au delà de la sensassion désagréable une telle mésaventure ralentie considérablement la marche, car il faut alors se saisir d’une main ou d’un arbre pour se tirer de la vase. La progression dans un marécage se fait donc sur les tronc d’arbres morts et sur les racines. On est en équilibre sur un réseau de bois pourrit et recouver de mousse. Cela se termine obligatoirement par une baignade mais qu’importe, le végétation est tellement humide qu’on est trempé des pieds à la tête rien qu’à la toucher.

D’aprés la carte nous nous approchions du “deadwood lagoon”. Drole de nom” ! Mais j’ai bien vite compris l’origine du nom : sur une étendue d’eau sale et de boue se dressaient des squelettes d’arbres morts, dont seuls le tronc et les branche principales restaient. Ce n’était certainement pas macabre, juste un peu etrange.

Aprés le lagoon la carte indiquait une montée directe droit dans la pente jusqu’à la passe. Nous n’y avons bien sûr pas coupé. Ce n’était rien de terrible, la passe elle-même n’étant qu’à 700m, mais les mains ont été mises à contribution pour se hisser de racine en pierre tandis que le sac à dos frottait sur quelques troncs d’arbres. 25 mêtres avant la passe nous émergeons dans une zone découverte : nous sommes au dessus de la fameuse “bush line” ; la forêt ne pousse pas au dessus d’une telle limite et la progression est plus facile. Un grand sport local consiste à passer le plus vite au dessus de la ligne et à courrir le long des crètes, quand elles sont praticables.

Au niveau de la passe un petit nous attendait, coincé entre deux montagnes. De l’autre cotée une longue vallée s’ouvrait. Longue je présume car elle disparaissait bien vite dans la brume. Domage, je pense qu’on aurait pu voir le fjord. Plus habitué que mes amis aux terrains alpins je gambadais sur ces sommets découvers, mais il nous a vite fallut rendescendre, et la descente était aussi raide que la montée. Mes compagnons refusaient de se retourner pour passer les éboulis et les rochers les plus raides et ils glissaient sur le dos, génés par leur gigansteques sac à dos. Pour ma part je n’avais qu’un 70L et je me retournais et désescaladais. Adrian a fait les frais de cette mauvaise stratégie avec une belle chute qui a été arrétée par l’impact de sa cuisse droite sur un rocher. Il en a été quitte pour boiter pour le reste du voyage.

Arrivé au fond de la vallée nous nous sommes arrété pour manger à coté d’une rivière. C’est aprés qu’a commencé une série de traversée de rivière à guet : le chemin suivait les berges et passait d’un coté ou de l’autre selon les conditions. J’ai bien vite appris qu’il n’y avait rien à faire : il fallait se mouiller et l’accepter. La progression dans une brousse toujours renouvellée a continuée jusqu’à ce que nous passions le long du lac “Katharina” où, comme avec chaque lac, le chemin était dans un état pitoyable. Un arbre était tombé trés récement en travers et la brousse était si dense si un terrain si raide qu’il n’était même pas envisageable de le contourner. Il a fallut passer au dessus, enfin au dessus des branches principales, et à travers les autres. Une machette aurait bien été utile, mais je ne sais pas si j’aurais eu le courage de la timbraller jusque là. Un peu plus tard il nous somme passé sur un endroit tellement raide que la végétation ne poussez même pas. Cela aurais été un plus s’il n’avait pas fallut se pendre dans le vide accroché à une main courante en chaine métallique. Enfin moi je trouvais qu’on avait une plutôt belle vue sur le lac en dessous. Je dois plus ou moins être en train de perdre mon légendaire vertige.

Encore une heure de marche un “pont” (trois cables), et nous voilà à la hutte. Je dis “nous” mais Craig et moi sommes arrivés deux heures avant les autres : nous en avions tellement marre de cette brousse ininterrompue que nous avons poussés le pas.

George hut, une petite maison de bois insignifiante au fond d’un fjord dont on ne distinguait qu’une miniscule portion. Même la plage n’était pas praticable pendant bien longtemps ; pour explorer le fjord plus en profondeur il faudrait une machette. Sur la plage de galets un nombre incroyable de sandflies attendaient leur proie. Dés notre arrivé nous nous sommes cachés dans la hutte. Aprés un thé j’ai jetté un coup d’oeil au livre de présence de la hutte. La plus part des visiteurs venaient de la mer en bateau, peu étaient suffisement fous pour avoir pris le même chemin que nous. Mais certain l’étaient beaucoup plus : venus de Milford ils étaient passés par les crêtes pour aprés couper dans la brousse la plus profonde.

Un examene plus approfondi du placard de la hutte m’a révélé un livre racontant la direction de “Scott base” pendant un été austral. “Scott Base” est la base Néo-Zélandaise en antartique. Il y a toujours devant l’atelier du département de physique des colis orange fluo en partance pour l’antartique. De temps en temps on voit même revenir un physicien de la glace, comme ils les appelent, bronzé et fatigué. Le livre en question racontait les problèmes humains et personnels qu’a rencontré un ancien tour du mondiste lorsqu’il s’est retrouvé à dirigé une telle base dans un milieu hostile, remplie de scientifiques incontrolables et d’aventuriers déracinés. Je n’ai bien sûr pas eut le temps d’aller trés loin dans cette lecture mais je dois dire que je suis assez fasciné par ce continent. Qui sait, peut-être vais-je me cacher dans une de ces boites avec inscrit “preserve from frost”.

Les fous furieux du tramping club sont arrivés et ont commencé à déballer leur “argonaute”, qu’ils avaient porté jusqu’ici. L’argonaute est une grande tradition du club. C’est un bateau gonflable conçut pour la plage que les membres de l’OUTC achètent en super marché. Ils le baladent jusqu’au bout du monde pour le simple plaisir de naviguer sur des lac ou des fjords desert. Danillo l’a pris pour aller jusqu’aux chutes d’Alice, qu’on ne pouvait voir d’où nous étions. Il a confirmé que cela ne vallait pas le coup, et que les sandflies l’avaient accompagné tout du long.

Tous ont pris leurs tour sur l’argonaute, pour ma part qui à être une poule mouillée je préférais l’être avec de l’eau douce. Je suis donc resté à terre, me promettant que je chercherai un embarquement sur un bateau convenable passant par là tandis que les autres m’expliquaient que dans la mer de Tasman, à l’extérieur il y avait 3 mêtres de creux les jours de beau temps.

Adrian a sorti de bas de soie et un fils de fer et a entrepri de constituer un filet. Tous parlaient d’un air excité de “Cray-Fish”, apparement c’est un trés bon poisson qu’on ne trouve que dans les fjords les plus reculés et qui ne peut être peché commercialement. Adrian est arrivé en retard pour le diner et on a plus entendu parlé de Cray-Fish. (J’ai compris des mois plus tard que c’était tout simplement une sorte de Homard).

Craig est sorti d’un air déterminé et vingt minutes plus tard Danillo nous annonçait qu’on pouvait aller prendre le pouding autour du feu. Ce feu là n’était pas le foyer moribond de la veille mais un superbe feu de joie. Nous avons pu profité de la soiré sans sandflies, disparues à cause du froid, les pieds étallés devant le feu, les chaussures ouvertes à sécher. Les histoires du coin du feu que j’ai entendu ne sont pas celles dont j’ai l’habitude. J’ai appris que le cerfs étant une calamité ici (car introduits par l’homme) on les avaient longtemps chassé à l’hélicoptère. Le pilote-chasseur est un vrai cow-boy de la brousse, conduisant des tas de boue inommables il gagne trés bien sa vie, mais peut la perdre trés facilement. On me raconte comment ils allait de sa base au bar local, quelques dizaines de kilomêtres plus loin et le soir devait rentrer totalement ivre, de nuit. Souvent la meilleure solution était de payer suffisement pour qu’un autre ivrogne prenne sa voiture et remonte jusqu’à la base par la route. L’hélicoptère pouvait alors suivre la lumière des phares. Un peu plus tard Danillo raconte comment alors qu’il randonné avec une canadienne, en visite pour un an, ils firent une veillée bien arosée. La canadienne rentre se coucher, bien ronde mais au moment de se coucher quelque chose la dérange : elle passe sa main sous sont oreillé et murmure “my gun, where’s my gun”, et ce pendant une bonne heure avant de s’écrouler de sommei. Le lendemain elle a expliqué que en rando au canada elle garde toujours un pistolet sous son oreiller, des fois qu’un grizzly la dérange pendant son sommeil..

Le lendemain matin l’agronaute est dégonflé. On prévoyé de le laisser en cadeau à la hutte mais il a été crevé. La marche de la journée est estimée à 10 de marche pour atteindre la hutte la plus proche. Il ne faut pas croire que nous parcourrons de grande distance : la marche dans la brousse se fait souvent au rythme de 1 km/h.

C’est le même chemin dans l’autre sens, sauf qu’il pleut des cordes. Ce n’est en fait pas trop génant, nous somme à peine plus mouillé et le sol est a peine plus glissant. D’ailleurs au bout de quelques heures de marche les imperméables ont disparus. Les rivières sont un peu plus dûres à traverser, principalement à cause du courant, mais les chutes d’eau sont plus belle. La montée se fait dans un ruisseau qui était le chemin la veille. A un moment nous passons sous une falaise d’où tombe un rideau de pluie : la montagne entière ruisselle. De loin on appercoit de longue trace blanche sur ses flancs. D’inombrables chutes zébrent les flancs.

Arrivé à notre campement de la veille je sens ma maléole, qui jusqu’ici ne m’a pas du tout dérangé, se reveiller. Cela ne fait pas encore mal mais je sais trés bien ce qui m’attends. Je presse le pas et j’atteinds la hutte deux heures avant les autres avec juste une légère douleur mais une grosse peur : je ne peux m’arréter ici, ou sinon cela veux dire bivouaquer sur place.

Le repas me semble tout aussi suculent, d’autant plus que la pluie tambourrine sur le toit, et la nuit qui suit est de celle qu’on ne peut avoir qu’aprés une journée bien remplie.


Dimanche, dernière journée, l’étape est courte mais nous sommes fatigués. Ma maléole se met trés vite à me faire mal. A la moitié du trajet cela devient insupportable. Heureusement je ne suis pas le seul à trainer derrière, Adrian a aussi du mal : sa cuisse le fait souffrir. Au bout d’un momment la douleur passe et j’avance plus vite. D’autant plus que le chemin qui me semblait mauvais le premier jour me semble alors une autoroute. J’ai parlé de mes problèmes de maléole avec Adrian un peu plus tard. Il me dit avoir eut la même chose (amorcé par le même problème et avec les même symptomes) et prétend que c’est l’os qui est lésé. D’aprés lui il n’y a rien à faire d’autre que d’attendre et d’éviter absolument d’appuyer dessus. Le problème est que toute chaussure de rando convenable monte jusqu’à la maléole. Il faudra que je trouve autre chose pour le week end suivant.

Nous arrivons finallement à la hutte et nos dernière provisions sont joyeusement sacrifiées. Le restant de fuel des réchauds et mis dans le résrvoir du moteur : nous avions consommé plus de la moitié à l’aller et nous nous embarquons sur cette barquasse pourrie à travers le lac. Le vent est dans notre dos ce qui économise du carburant, mais les sandflies peuvent nous suivre. Un 360 règle le problème et le radeau de la méduse peut continuer son chemin vers le civilisation. De l’autre coté il faut transbahuter le moteur ; Tim et Danillo partent avec leurs sac pendant que nous remontons le bateau. Le bout de bois que nous avions utilisé pour transporter le moteur casse sous son poids et il faut en trouver un autre pour Danillo et Tim. Je n’ai absolument pas l’intention de le porter mais je ne peux m’empécher de sourire qand je vois qu’ils n’y arriverons pas seuls. Avec l’aide de Craig le moteur se trouve vite de l’autre coté.

Comme si elles avaient senti que nous sortions de leur domaine les sandflies se sont défoulées sur nous et notre départ prend l’allure d’une fuite. Une fois sur la vedette de Adrian les gaz sont poussé à fond pour se débarrasser de ces petites pestes. Des que nous nous éloignons des montagnes de Fjordland le soleil réaparait, et ont peut voir distinctement les flancs du fond du fjord dégouliner par des centaines de cascades alors que nous profitons d’une traversé ensoleilée du lac. Danillo se voit confier les moteurs pendant quelque temps et il peut s’agripper au volant, l’air crispé, tandis que le bateau tape sur les vagues. Nous faisons un détour pour admirer un autre fjord puis cap sur la jetée. Adrian fait une arrivée pas trés canonique, et nous laisse aller cherchele camion. De la plage on peut le voir pousser son engin coontre les vagues, chercher les rebonds, les accélérations, jouer avec ses 115 chevaux ; mais quand la remorque est à l’eau il place le nez de son bateau dessus et la bète est tirée hors de l’eau.

Nous nous désabillons et les habits sont étendus au soleil tandis que l’on découvre une tablette de chocolat Cadbury. Je passe devant la chocolaterie tous les matins et l’odeur est alléchante, mais les chocolats étaient encore bien meilleurs une fois mérités.

Et c’est de nouveau la traversée en 4x4 des étendues de l’Otago, avec bien sûr un détour par le bureau du DOC pour signaler notre retour. La nuit tombée, nous entrons dans Gore, pour en ressortir avec des sandwichs. Le highway que nous prenons s’appelle le “presidential highway” : il relie Gore à une ville appellée Clinton. Tout va bien de toute façon on a quitté la “Bush”. Au milieu de nul par une famille de lapin surgit sur la route ; ils ne font qu’un petit bruit sur les roues de la 4x4 alors qu’ils disparaissent sous le pare-choc, mais c’est l’occasion d’une dissertation sur l’inconvenient posé par de tels événements lors d’une sortie du club : “with three american chics in the truc you’ve got the choice between going for the bunny and have the girls bitch about your crualty, and trying to avoid it, and having the girls bicth about your driving”. Il n’empèche que à la station de Dunedin Adrian en constatant une nouvelle bosse dans sa carroserie ne peut réprimer un juron “Damn, this bunny had a hard head !”.

Et voilà, j’ai quitté ces comiques, encore plus fous que moi, et j’ai passé deux heures dans la douche. Puis j’ai lavé mes affaires pendant des heures. Même aprés avoir été sérieusement rincées et avoirsubit une machine mes chaussettes tiennent encore debout.


Je ne m’étendrais pas sur le week end suivant. Je suis parti en vélo jusqu’à un lac sur la carte dont le contour me plaisait. Adrian m’avait dit que c’était faisable, mais je ne crois pas qu’il l’ai jamais fait. dois dire que j’ai été bien crevé (comme rarement) mais vu que je suis borné comme pas deux je l’ai fait. Bon aujourd’hui j’ai de belles courbutures mais j’ai le souvenir de cette nuit sur les berges du lac. J’ai dormit seul dans mon sac de bivouac sur les quelques mêtres qui séparent la boue du lac de la végétation si dense que l’on entend le lac avant de le voir. La lune était pleine et le lac trés vivant. Un buisson me séparer de l’endroit où j’avais mangé et j’ai distinctement entendu des animaux fourrager à cet endroit. Heureusement mon picnic du lendemain était avec moi dans le sac de bivouac.

Le lendemain j’ai été invité à boire le thé par un fermier, alors que je mangais mon picnic devant sa ferme. Il y a ici un contact fabuleux avec les gens et le pays. Je vais partir à travers ce pays un de ses quatres, le pouce levé sur les routes pour voir où cela me mènera…

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