Gaël Varoquaux

Mon 12 May 2003

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Balades dans les crevasses

Cool week end, malgré le mauvais temps. Pour une fois j’étais ailleurs que dans Fjordland. J’essaie de me tirer de Fjordland pour voir le reste de cette fabuleuse ile (c’est dûr). Je crois que je ne mettrais même pas le pied dans la deuxième région classée patrimoine mondial, elle est un peu loin.

En fait le plan était d’aller un peu au nord, dans la chaine principale des “Southern Alps”, et de gravir une chouette montagne pour redescendre dans une vallée trés sauvage. La météo était totalement foireuse, donc nous nous disions que nous ne pourrions jamais atteindre l’objectif principal, mais un petit groupe de participants ne voulais absolument pas passer la nuit en ville, donc quatre des huit participants d’origine sont partis en voiture, et non dans un horrible minibus. Il y avait Lara, une Kiwi avec une bonne expérience alpine, Meg, une Américaine de Chicago qui avait fait “Turret Ridge” avec moi, et Brian, un américain dégourdit en Nouvelle Zélande déjà depuis deux mois, et puis moi.

Nous sommes partis en retard, avec un coffre bien plein de vêtements cahuds et imperméables. J’ai somnolé jusqu’à ce que nous arrivions à la base de notre objectif, vers une heure du matin. C’était au milieu de nul part, sur une route qui traversait les montagnes par un col assez bas. Soudain Lara fait signe de s’arrêter sur une aire de pic-nic : nous prévoyons d’établir le camp ici car il y a une zone plate. Au moment de sortir de la voiture nous nous prenons conscience de la pluie torrentielle qui s’abat sur la voiture. Il faut se secouer pour saisir dans le coffre une deuxième polaire, un imperméable et une lampe torche, puis la “tent-fly” et les piolets, qui font d’excellents pics pour la tente. Devant la pluie Brian sort sa propre tente et je me réjouit d’avoir pris mon sac de bivouac. Quand j’arrive à l’endroit où Meg et Lara essaient de tendre la fly-tent le sol est couvert d’une fine couche d’eau. C’est du gravier dans lequel j’ai du mal même les piolets. Je décrète sur le champ que si personne n’y voit d’inconvénients je dormirai dans la voiture. Au bout de quelques minutes de bataille avec la fly-tent qui forme une poche pleine d’eau Lara suggère que nous allions nous abriter dans l’aire de pic-nic dix kilomètres plus loin. Nous y trouvons deux tables abritées par de petits toits, malheureusement la pluie est si forte que le sol un béton et les bancs sont trempés, le seul endroit sec est le dessus des tables. Brian et moi nous installons dans la voiture, laissant les deux filles sur les tables. La voiture de Brian n’est pas étanche et goutte sur lui. Pour ma part je passe une assez bonne nuit. Quand je me reveille le matin il pleut toujours. Les vitres de la voiture sont couvertes de condensation et je peux voir que Brian se tient debout sous un des abris. Je m’habille lentement, enfilant un pantalon étanche et mes guêtres avant de sortir. Nous petit-déjeunons sous un abris puis préparons nos sac avant de nous rendre au pied du sentier qui part vers le refuge où nous comptons passer la nuit. Nous devons traverser un petit torrent, mais quand nous arrivons sur ses berges c’est une tumultueuse rivière qui nous attend. Le courant est plus rapide que nous ne pouvons marcher, et nous ne sommes pas certain de la profondeur au milieu. Nous passons un bon bout de temps à hésiter : nous pouvons probablement tenter la traversée, mais en avons nous réellement envie ? Brian suggère que nous allions aux grands glaciers (le Fox Glacier et le Franz-Jozef Glacier), car de toute façon dans les conditions que nous avons nous n’irons pas jusqu’au sommet, et nous voilà repartis sur la route, la voiture gouttant à travers une superbe vallée qui s’élargit jusqu’à devenir un estuaire gigantesque flanqué de montagnes aux pentes raides qui disparaissent dans les nuages. Il y a deux heures de route pour aller jusqu’aux glaciers mais quand nous arrivons il pleut toujours. Nous n’avons bien sûr pas la carte de la région mais Lara est déjà allée au refuge juste sur le coté du Franz-Jozef, “Castle Rock”. Nous déjeunons planqués dans la voiture puis marchons quelques kilomètres jusqu’au bas du glacier.

C’est une masse impressionnante de glace qui part des névés qui bordent le Mt Cook et descend jusqu’à la côte Ouest, où nous nous tenons en ce moment. Des palmiers de la “rain-forest” bordent presque le bas du glacier ! Malgré la pluie diluviène des groupes de touristes accompagnés par des guides montent et descendent sur le glacier. Ils sont équipés de petits crampons ridicules dont le dessous ressemble à une sci à métaux ! A l’avant du groupe un guide manie une gigantesque pioche pour tailler des marches dans la glace. Tous les jours ils empruntent le même chemin qui sinue entre les crevasses ou les traverse à l’aide de pont et d’échelle. Nous déballons nos gros crampons, nos casques et nos piolets ; le tout assorti avec nos gros sac à dos nous vaut des regards admirateurs des touristes et amusés des guides. La montée le long des chemins taillés par les guides est une vraie promenade de santé. Il pleut des cordes et l’eau ruisselle le long de la glace, formant de petites rivières et disparaissant dans des trous dans la glace. Nous sortons des chemins battus à la hauteur d’un éboulis que nous gravissons jusqu’au refuge. La montée est très jolie, avec le glacier en dessous, une immense chute d’eau sur la gauche et la vallée disparaissant dans le brouillard sur la droite. Vers la fin la pluie a redoublé d’intensité et juste au moment où je commençais à en avoir marre le refuge est apparu dans la brume. Le soir plus personne ne se moquait de le taille de mon blouson en duvet : j’étais le seul à me balader encore dans le refuge alors qu’ils étaient tous planqués au fond de leurs duvets !


Le lendemain matin nous pouvions voir le glacier qui apparaissait et disparaissait 400 mètres sous nous, continuant de plus en plus raide et crevassé vers les grandes étendues plates couvertes de neiges éternelles d’où il part. Ces névés brillent faiblement à travers les nuages. De temps en temps nous apercevons même les montagnes derrière.

Nous prenons notre temps : la visibilité ne permet pas de continuer plus haut et nous comptons redescendre pour monter un peu de l’autre coté sur le flanc de la vallée. Sur le glacier nous nous baladons sur les chemins taillés dans la glace et par hasard je découvre que l’un d’entre eux s’engage dans une crevasse. Si les guides emmène des groupes d’une vingtaine de touriste là dedans nous pouvons y aller sans danger. C’est ainsi que nous nous sommes promené dans des centaines de mètres de crevasse, prenant une quantité astronomique de photos. J’ai même emprunté un deuxième piolet pour partir à l’assaut d’une pente ; c’était un peu limite avec mon équipement (un des deux piolets était ridiculeusement léger et n’ancrait pas bien, et les crampons étaient un tout petit peu petits pour une telle utilisation), mais la chute ne craignait pas du tout.


Aujourd’hui je suis aller rendre l’équipement à midi au Tramping Club. Tout le monde se racontait le week end et j’ai appris par Adrian qu’ils avaient eut de la neige sur Secretary Island ! On peut pas tout faire. Je crois que je n’irais jamais sur cette ile, mais j’ai une bonne idée de ce à quoi elle ressemble.

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