Gaël Varoquaux

Sun 01 August 2004

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Voyage en Islande

Du 23 juin au 22 juillet 2004, récit d’Emmanuelle

Introduction

Comment Gaël et moi avons-nous eu la drôle d’idée de partir un mois en Islande ? Eh bien, en plus il paraît que l’idée vient de moi, et ça doit être la lecture de bouquins sur les volcans qui ne tarissent pas de photos époustouflantes sur ce pays actif volcaniquement, c’est le moins qu’on puisse dire. Ou bien peut-être l’envie de partir dans un pays du Nord, peuplé de légendes, de Vikings et de trolls. Ne serait-ce que vers le 20 juin, nous nous retrouvons avec deux billets pour Keflavik, un guide Lonely Planet que nous n’avons pas pu lire autant que nous l’aurions souhaité à cause des exams qui viennent de se finir, et une très forte envie de partir !

Mercredi 23 juin

Après un vol sans encombre, nous arrivons à l’aéroport de Keflavik vers 17h. De l’avion nous apercevons notre premier champ de lave parsemé de petites fleurs violettes que nous prenons d’abord pour de la lavande. A la sortie de l’avion nous nous attendions à nous faire contrôler nos cartes d’identité mais nous sortons de l’aéroport sans aucun contrôle (ça nous arrange plutôt car en théorie l’importation de comté ou de coppa est interdite… ). L’Islande semble avoir renoncé à contrôler ses frontières. Nous prenons la navette pour Reykjavik, ce qui nous permet au passage d’aider un groupe de Français vraimant paumés et ne parlant pas un mot d’anglais… La navette nous dépose directement au camping, qui s’avère être relativement cher (20 euros pour deux). On monte la tente avant de chercher un supermarché pour compléter notre approvisionnement : nous n’avions droit qu’à 3kg de nourriture par personne dans l’avion. Nous ne trouvons pas le Bonus, chaîne de supermarchés mythique dont il sera beaucoup question dans ce récit donc nous nous rabattons sur un 10-11 (aux USA c’est 7-11, ici les supermarchés n’ouvrent que très tard. Par contre ils sont souvent ouverts le dimanche, ce qui est bien pratique.). Il n’y a pas de gaz dans les supermarchés, par contre on en trouve dans quasiment toutes les stations-service. Il pleut à verse, conformément à l’idée que nous nous faisons du temps islandais. Heureusement nous avons pu monter la tente quand il faisait encore beau : ici le temps change très vite ! Une fois l’approvisionnement fait, nous rentrons au camping faire un gros dîner de baked beans, de poisson fumé dans une sauce sucrée (pas mauvais, mais c’est dommage qu’ils le sucrent), et pour finir un pot de skyr. Le skyr a joué un grand rôle dans la vie de Gaël pendant ce mois et je dois admettre que c’est fort bon, alors pour le lecteur curieux, le skyr est une sorte de fromage blanc très compact et onctueux à la fois, ça nourrit bien et en plus c’est plein de protéines ! J’avais repéré dans des guides que le skyr était un produit islandais bon et bon marché, so we gave it a try et ce n’était que le premier d’une longue série ! Mais n’anticipons pas. Nous allons nous coucher dans la tente : il fait encore jour car il y a tout au plus une heure de nuit à cette époque de l’année. Moi ça ne me gêne pas mais Gaël a du mal à dormir. Il faut dire que ça fait bizarre d’entendre les oiseaux chanter quand je me réveille un instant pour changer de position !

Jeudi 24 juin

Aujourd’hui nous avons prévu d’aller en bus vers Landmannalaugar, au centre du pays, mais de nous arrêter avant près du volcan en activité Hekla et de tenter l’ascension. Nous nous réveillons à 6h. Il a plu et la tente est mouillée. Nous avalons un petit déj’ original composé du reste de harengs et de skyr puis nous nous dirigeons vers le terminal BSI (la compagnie de bus locale), à 3/4 d’h de marche du camping. Le bus est très haut et $4times4$ pour franchir les gués : un vrai bus pour aventuriers ! Le chauffeur est marrant, un peu looseur. Il ne paye pas de mine, a un anglais relativement mauvais, mais veut tout nous expliquer (nous avons d’autorité choisi les places juste derrière le chauffeur pour mieux voir le paysage) et il joue du levier de vitesses en même temps que du portable. Nous suivons d’abord la côte du sud-ouest, relativement peuplée : c’est une région fertile où se trouvent également des serres chauffées à l’énergie géothermique qui font de l’Islande un grand producteur de bananes ! Puis nous nous enfonçons dans l’intérieur des terres où nous apercevons des paysages lunaires : de grandes plaines noires avec le mont Hekla qui se dresse dans le fond. En arrivant près du volcan, le chauffeur propose un arrêt photo et nous voyons que la montagne est couverte de neige jusqu’à une altitude très basse donc nous préférons renoncer à l’ascension et continuer jusqu’à Landmannalaugar. Ce site est connu pour ses sources chaudes entourées de montagnes de rhyolite aux couleurs insolites. Du bus nous admirons le paysage volcanique : les montagnes semblent sortir de nulle part car la lave a aplani leurs contreforts en se déversant. Elles ont des couleurs étonnantes : oranges, brunes, et la mousse a un vert fluo très impressionnant, sur lequel les dentelles de neige en altitude sont de toute beauté. Après quelques gués qui ne posent aucun problème au chauffeur, nous arrivons dans la plaine de Landmannalaugar. Nous nous installons dans la hutte, le camping n’étant pas très très tentant car le vent est fort et il s’est mis à pleuvoir. Après un petit pique-nique nous partons en promenade dans le temps de chien : fort vent et pluie à la limite de neige. Nous marchons à travers les collines vertes et noires qui recèlent plusieurs lacs dans leurs creux, dont un dans une ancienne caldeira. Les pentes de la caldeira sont indigos, rouges, violettes, brunes : c’est superbe et si nous apprenons que ce lac porte le nom de “lac laid” en islandais, c’est parce que les paysans n’appréciaient pas d’y perdre leurs moutons ! Nous l’admirons avec la capuche serrée par tous ses cordons : il y a beaucoup de vent. Cette sauvage beauté aurait sa place dans un épisodes des Celtiques de Corto Maltese ! Nous ne croisons personne. Au retour le froid et l’humidité m’engourdissent les doigts sans que je m’en rende compte. A la hutte je cours me plonger dans les sources à côté de la hutte (et je cours vraiment parce qu’être en maillot de bain dans ce temps n’est pas vraiment agréable !). Quand on est dedans, qu’est-ce que c’est bon ! Mes pieds engourdis me piquent au début, mais au bout de quelques minutes je me sens vraiment très bien. L’eau est environ à 38°. Dans le bain j’ai la compagnie de 25 petits Anglais assez surexcités à l’idée d’être en Islande…

Vendredi 25 juin

Nous avons prévu de passer cette journée à Landmanalaugar pour nous balader dans le coin. Au réveil (7h), un petit coup d’oeil par la fenêtre : tout est enneigé ! Et il fait un temps de chien : une pluie/neige battante… Le groupe d’Anglais devait faire la traversée jusqu’à Þórsmörk mais ils y renoncent avec sagesse : les gamins ont environ 15/16 ans. Quant à nous nous avons compris que si on attendait la fin de la pluie pour se promener on n’allait pas se promener beaucoup… On sort donc en direction d’un sommet pour voir comment ça se comporte sur les hauteurs. Nous sommes suivis par quelques personnes bien encapuchonnées mais qui renoncent assez vite. What a shame ! Nous grimpons à flanc de la montagne, et assez vite nous sommes sur la crête. La pluie abondante nous arrive dessus horizontalement car il y a beaucoup de vent… surtout sur l’arête ! Je trouve qu’il y a vraiment beaucoup de vent mais comme j’écris ce passage le jour d’après (voir la suite !) en réalité c’était très honnête ! C’est fatigant en tout cas car il est plus difficile de respirer quand le vent vient de face. Ma prochaine veste sera vraiment imperméable et aura une capuche semblable à une armure ! Arrivés au sommet local, nous préférons rentrer plutôt que de faire un grand tour à patauger dans la neige. Nous redescendons beaucoup plus vite que nous sommes montés ! Le terrain est assez friable, composé de terre, de cailloux : pas grand chose ne pousse (la veille par contre nous marchions sur des collines moins hautes recouvertes d’une mousse moelleuse qui permettait de dévaler leurs pentes sans se faire mal). Nous arrivons à la hutte en même temps que 4 jeunes (Allemands et Hollandais ) qui sont descendus de Hfratinnusker, la hutte suivante dans notre parcours. Ils sont très mouillés et bien crevés. Nous les interrogeons : “How was it ? -Bad. How bad ? Very bad. “. Les gardiennes nous avaient informé que personne ne pouvait monter à l’étape suivante ce jour-là : trop de neige et surtout très faible visibilité. Les 4 ont bien galéré en pateaugeant dans la neige parfois jusqu’aux hanches. Les gardiennes rassurent par radio Fanney, la gardienne du haut qui a accepté de les laisser descendre, mais se fait du souci pour eux. Quant à nous, je convaincs Gaël d’aller se baigner dans les sources chaudes où nous passons un moment très agréable. Puis pique-nique et une petite sieste (je dors comme une marmotte !). Et on repart en balade. Nous traversons d’abord un très “joli” champ de lave : de gros blocs moussus qui se dressent les uns à côté des autres. On y imagine bien une armée d’elfes et autres gobelins se cachant dans les anfractuosités entres le statues de lave. Nous arrivons dans une grande plaine, en fait un cirque entouré de montagnes aux couleurs fantastiques : toute la gamme des rouge-orange-bruns, du violet et un vert incroyable. La plaine est sillonnée de quelques petites rivières : je me mouille les pieds et je ne suis pas contente ! Nous rencontrons des bébés sources chaudes : de petites mares bouillantes et crachotantes avec une dizaine de bulles. C’est très mignon. A un endroit il y a un véritable vivier de sources chaudes, et ce chaudron géothermique est d’un rouge impressionnant. A peine plus loin une mare de boue d’un gris maquette bout furieusement. Nous passons à côté d’une belle cascade, et nous voudrions rentrer par une arête mais je fatigue (pas mal de vent et ça monte raide) et nous ne sommes pas sûrs de trouver un chemin donc nous reprenons le même chemin qu’à l’aller.

Nous dévorons notre riz cantonnais et un groupe de Français en voyage organisé nous offre des côtes de mouton qu’ils n’ont pas mangées (5!) : quel régal inattendu !

Samedi 26 juin

Sûrement notre journée la plus dure.

Réveil à 8h (car nous attendons une météo à 9h). Il fait toujours aussi moche mais le temps s’est réchauffé. On se tâte, la gardienne de Hfratinnusker ne veut pas qu’on lui envoie de randonneurs mais pour nous c’est ou y aller ou reprendre le bus. Finalement on part avec l’idée de faire demi-tour et prendre le bus si ça ne passe pas. La qualité de notre équipement et notre expérience ont un peu rassuré les gardiennes de la hutte. Le début de la marche est magnifique. Nous retraversons le champ de lave, puis le chemin passe de vallon en vallon avec à chaque fois des couleurs merveilleuses dégradées en bandes sur les flancs des montagnes, des sources chaudes et des bancs de brume qui sentent le soufre ! Il pleut toujours bien sûr, mais ce coin est d’une beauté indescriptible. Nous arrivons sur de hauts plateaux désertiques où rien ne pousse. Il commence à y avoir beaucoup de vent et j’ai du mal à gravir certaines pentes assez raides où le terrain s’éboule sous mes pieds. Arrivés à une rivière, on se pose la question : “on continue ou pas ?”. Vu qu’on a fait la moitié d’après Gaël, et même plus d’après mes souvenirs de la carte, j’ai envie de continuer. Il est vrai que je ne me doutais pas que la suite serait aussi dure. Le vent forcit et forcit : j’ai du mal à tenir debout, et à penser à autre chose qu’au vent. Une sangle de mon sac bat et me fouette le visage : pas très agréable. Heureusement Gaël me l’arrange “en vol”. Périodiquement nous devons vider nos gants censément waterproof mais qui se remplissent d’eau par le haut : ce n’est pas très grave mais dès qu’on veut toucher à sa capuche ou au sac un flot d’eau glacée vient mouiller la polaire : à éviter ! Plusieurs fois on se confie les gants quand on les enlève : il vaut mieux se concentrer car avec ce vent lâcher un gant c’est le perdre = gros problème, les mains sont ce qui se refroidissent le plus vite. Après chaque manoeuvre de vidange je me livre à quelques exercices pour bouger les mains en chantant intérieurement la comptine “Jean petit qui danse” pour me motiver. Heureusement on marche vite et je n’ai pas froid. On atteint vite la neige et en même temps la visi baisse beaucoup : il est souvent impossible de voir les poteaux qui marquent le chemin. Heureusement nous voyons les traces de ceux qui sont descendus hier : ce serait beaucoup plus dur sinon. Elles ont été un peu soufflées, mais ça permet d’avancer de poteau en poteau. Mais que de vent ! Les cheveux de Gaël sont trop courts et ne restent pas dans son élastique : à un moment il me demande de passer devant car je vois mieux que lui. La neige est assez peu profonde mais très mouillée et on enfonce parfois pour se retrouver les pieds dans 15 cm d’eau ! Mais je préfère la neige lisse aux rares endroits où nous avançons sur de la terre et de gros cailloux : avec le vent j’ai du mal à contrôler où je mets les pieds et je dois parfois faire quelques entrechats pour éviter des rochers. A un moment nous perdons la trace. Le brouillard est très dense : tout est blanc autour de nous. Nous essayons dans une direction : Gaël me demande de rester à un endroit et s’avance plus loin ; je crois comprendre qu’il me demande de le rejoindre. En fait il agitait seulement les bras pour se maintenir en équilibre dans le vent. On s’assied alors quelques instants pour une pause carte + instruments. Il fait drôlement froid quand on ne bouge pas. On repart en suivant la direction indiquée par la carte grâce à la boussole de Gaël. Ce sont peut-être les pas les plus durs car on ne sait pas où on va. J’avoue avoir pas mal douté alors : le vent hurle et me fait tomber tous les 100m, j’essaye de penser très fort au refuge. Mon envie de sucrerie a brusquement disparu ; je m’aperçois que je ne veux qu’une chose : avancer sans m’arrêter. Au bout de quelques centaines de mètres j’aperçois dans la brume la silhouette fantômatique d’un poteau : on a retrouvé le chemin. Quel soulagement ! Nous pouvons alors suivre les poteaux : il y a toujours autant de vent, mais c’est quand même beaucoup plus motivant de savoir qu’on va dans la bonne direction. A un moment Gaël me fait un grand signe d’encouragement : il a vu la hutte entre deux bancs de brume. Moi je ne l’ai pas vue et je n’ose pas y croire. Je ne la vois que très tard, quand elle est tout près si bien qu’elle a vraiment l’air énorme. Euphorie intérieure. Nous nous déshabillons dans l’entrée du refuge sous l’oeil goguenard et pas très content de Fanney, la gardienne de la hutte, qui avait expressément demandé qu’on ne lui envoie personne en raison de la météo. Elle se rassure un peu en voyant notre équipement et nous offre une bonne tasse de chocolat chaud : ça fait du bien. Pendant ce temps je me change des pieds à la tête : ma veste n’est pas très étanche et mes vêtements sont trempés. Je suis assez crevée mais j’essaye de ne pas le montrer pour que Fanney ne soit pas trop fâchée ! Je me jette sur les sucreries qui m’avaient fait tellement envie durant la marche et nous mangeons un petit pique-nique. Il y a quatre randonneurs dans le refuge qui voudraient bien redescendre à Landmannalaugar mais ils sont assez mal équipés. Fanney qui est vraiment adorable les enveloppe dans des sacs poubelle et du grey tape pour leur confectionner une armure à peu près étanche. Nous leur prodiguons quelques conseils : au moins ils pourront suivre nos traces. Nous passons le reste de l’après-midi à lire, manger et discuter avec Fanney qui nous raconter ses tribulations avec les touristes inconscients et mal équipés. Et puis plouf dodo !

La version de Gaël

Nous décidons de tenter le coup : je voudrais savoir ce que cette montagne a de si terrible. Le début du chemin est superbe : champ de lave, fumerolles de soufre et montagnes colorées. Puis nous débouchons sur les sommets : un relief très rond, des collines noires avec une superbe mousse verte. La brume s’abat sur nous. Le vent souffle fort et nous refroidit. La progression n’est pas très dure mais fatigante, à cause du vent et du terrain qui part sous nos pieds. Le chemin est très bien marqué mais au fur et à mesure que nous montons la brume s’épaissit et la neige s’accumule. Les traces des quatre qui sont descendus avant nous sont bien visibles et nous facilitent la progression. Emmanuelle a l’air fatiguée et je lui propose avec insistance que nous fassions demi-tour : je crains que cela devienne de plus en plus dur. Elle n’est pas découragée même quand je lui dis que nous n’avons fait que la moitié du chemin (alors que nous avions fait les deux tiers). Le vent m’arrache l’élastique qui tenait ma queue de cheval, je continue avec les cheveux dans les yeux. On voit à peine à vingt mètres. Le vent est si fort que nous avons du mal à tenir debout. Il a fini par souffler les traces que nous suivons : nous perdons toute trace du chemin qui disparaît sous la neige. Les piquets sont tombés ou cassés par le vent. Nous nous abritons derrière nos sacs pour regarder la carte : 1080m, l’altitude de la hutte. Alors nous faisons 300 m de SSW au compas, droit dans le jour blanc, puis Emmanuelle aperçoit des piquets. Nous revoila sur le chemin. 200m plus loin j’aperçois la hutte par une trouée dans la brume. Nous y sommes !

Dimanche 27 juin

Au réveil nous constatons qu’il y a encore beaucoup de brouillard. Au moins il ne pleut pas. nous passons la matinée à attendre une éclaircie, bien au chaud dans notre petit refuge. Je suis un peu malade : visiblement mon estomac a du mal à se remettre des émotions d’hier. Nous partons peu avant midi et nous prenons congé de Fanney avec émotion : elle est vraiment géniale, pendant la matinée elle nous a montré sur plusieurs cartes les endroits d’Islande que nous devions visiter. Il y a pas mal de vent, mais moins qu’hier. Toujours beaucoup de neige, avec parfois des accumulations dans les creux qu’il faut escalader. Toujours du brouillard aussi, mais nous suivons des traces de pas. On descend peu à peu, quelques éclaircies dans la brume laissent entrevoir des flancs de collines multicolores (rouge, violet, vert gris) agrémentés de sources chaudes, fumerolles, langues de neige bleutées et curieusement sculptées par le vent. Hfratinnusker signifie mont des obsidiennes. Le paysage est censé être magnifique, pour ce qu’on voit c’est vrai… mais on ne voit pas grand chose ! Sous nos pieds, une sorte de boue grise collante : nous sommes au paradis du géologue ! Nous amorçons alors une longue descente : nous quittons la piste des hautes terres. Sur le côté, quelques traces de mousse : quelle végétation luxuriante ! Le temps est toujours très pluvieux mais la visi devient meilleure : normal, nous sommes bien descendus. Nous rencontrons à nouveau des rivières, dont une qu’il va manifestement falloir traverser… à gué ! Nos chaussures sont déjà mouillées de toute façon. Ce premier passage de gué n’est pas très agréable pour moi : le sol est irrégulier et je glisse à cause du courant. Je me retrouve quasiment à quatre pattes dans le sens du courant, accrochée à une grosse pierre et un peu paniquée. Heureusement le gentil Gaël vient me sauver et m’aide à rejoindre l’autre rive. J’ai de l’eau partout jusqu’à la ceinture, mes chaussures font floc-floc et je mets à marcher TRES vite pour ne pas avoir froid. De jolies petites collines vertes bordent le chemin. Nous atteignons la hutte d’Alftavatn mais nous décidons de continuer jusqu’à la hutte suivante, 5 km plus loin. Nous traversons un petit gué facile, puis nous arrivons à une rivière beaucoup plus large au courant assez fort : nous faisons une chaîne pour avancer. Je trouve ça beaucoup plus sécurisant : chacun avance à son tour. C’est bien trempés et fatigués que nous arrivons à la hutte où se trouve déjà Martin, un autre français… à côté d’un poêle à gaz bien chaud ! Le gardien du refuge, un solide fermier, passe prendre le prix de la nuitée : il est accompagné par ses deux fils, deux bambins en ciré et bottes qui nous sourient avec un air angélique, puis se mettent tout d’un coup à se tomber dessus à bras raccourcis sans cesser de sourire. Nous passons le reste de l’après-midi à discuter avec Martin qui a pas mal bourlingué et a un régime assez spécial : dès qu’il a fini de marcher il se câle l’estomac avec un sachet de quatre assiettes de soupe puis s’endort avant d’avoir faim ! Nous on préfère manger : on doit tenir un mois quand même. Nous assistons à l’arrivée d’un groupe de 12 cavaliers, qui se montrent discrets dans la hutte.

Lundi 28 juin

Au réveil : il y a du ciel bleu ! Je n’en crois pas mes yeux. Quel bonheur ! Nous nous préparons lentement. Les reliefs du festin des cavaliers font envie. Nous allons voir les chevaux : ils sont super mignons ! Aujourd’hui nous avons une grosse étape : 21 km jusqu’à Þórsmörk. Nos chaussures sont toujours trempées de la veille, il ne fait pas très chaud mais ça fait du bien de marcher sous le soleil ! Un premier gué est en fait très facile, contrairement à ce que Martin nous avait raconté : ça me rassure. Puis nous traversons un désert de sable noir avec sur les côtés de belles collines vertes aux sommets enneigés. Le pauvre Gaël a une ampoule, nous nous arrêtons pour qu’il se soigne. Nous arrivons à Botnar, normalement la fin d’une étape, mais nous sautons la hutte. Nous nous arrêtons cependant pour faire un bon pique-nique étendus dans l’herbe : ça faisait longtemps que nous n’avions pas pique-niqué dehors en raison du temps. Puis nous repartons en enchaînant une deuxième étape. Nous commençons par suivre assez longtemps les gorges encaissées (la pierre rouge bordeaux répond au vert de la mousse) d’une rivière tumultueuse. Heureusement il y a un pont pour la traverser. C’est très beau et très sauvage, des oiseaux blancs planent dans les profondeurs de la gorge où quelques moutons improbables font de petites taches blanches. Puis nous descendons dans des vallées, nous marchons assez longtemps me semble-t-il. Le soleil fait place à un peu de pluie, mais il revient et nous arrivons… dans une forêt ! C’est assez rare en Islande pour qu’on le signale : la blague ici est “Que fais-tu quand tu es perdu dans la forêt en Islande ? Réponse : tu te lèves !”. Mais de jolis bouleaux très verts s’agitent doucement dans le vent. Le dernier obstacle est la traversée d’une rivière glaciaire : comme nos chaussures ont séché nous la traversons en Teva (nos sandales). Ca fait froid aux pieds ! Nous arrivons à la hutte où nous retrouvons le groupe d’Anglais qui nous font raconter notre traversée et ne sont pas loin de nous considérer comme des héros ! Nous avons fait 51 km en trois jours et pas dans les meilleures conditions… Ce soir nous dormons sous la tente pour faire quelques économies : en plus il fait beau.

Mardi 29 juin

Nous avons terminé hier la randonnée classique Landmannalaugar-Þórsmörk : nous voulons à présent continuer jusqu’à Skogar, sur la côte Sud de l’Islande. Pour cela il faut emprunter un passage entre deux glaciers.

Il fait moins beau quand nous nous réveillons, et nous nous dépêchons de plier la tente. Il y a du vent. Gaël prend un énorme petit déjeuner. Ce matin nous avons un peu de mal à nous mettre en route. Nous devons d’abord traverser la “vallée de Thor”, une vallée boisée où la rivière se divise en plein de bras. C’est superbe vu du haut, on a l’impression que le delta se prolonge jusqu’à la mer. Il nous faut d’ailleurs traverser cette rivière : un pont permet de traverser une partie à pied sec, mais il y a encore d’autres bras à traverser à pied. Nous nous mettons pieds nus pour ne pas mouiller nos chaussures qui sont sèches : mauvaise idée car la rivière est très froide et les cailloux font mal aux pieds. Nous remontons la vallée avant d’entamer une forte montée dans les montagnes pour trouver la passe entre les deux glaciers. Le chemin est joli : les nombreux versants sont recouverts de mousse très verte. A la fin de notre pause déjeuner nous sommes rejoints par une famille allemande que nous avions déjà vue à Landmannalaugar et qui avait pris le bus jusqu’à Þórsmörk. Ils recyclent notre aire de pique-nique ! Ca commence à monter très raide : je fatigue et il y a pas de mal de vent. Nous arrivons sur un grand plateau désertique et caillouteux ; il y a un vent du tonnerre. Nous n’avons pas de temps à perdre : il faut avancer vite, même si le vent rend la progression difficile. Le temps se gâte. Au bout du plateau nous avons une vue superbe : devant nous se dresse un magnifique rocher creux, d’un côté une enfilade de vallées qui plongent, sillonnées d’une multitude de petites rivières, de l’autre le glacier descend en langues bleutées et tourmentées qui finissent en cascades jaillissant sur la terre noire. Le tout avec un vent terrible. Nous regretterons très fort de ne pas avoir pris de photos mais il y avait vraiment trop de vent. En plus nous devons maintenant gravir une forte montée, sur un terrain caillouteux qui glisse, il faut vraiment arracher chaque pas à la montagne. Nous ne voyons plus les Allemands : ont-ils fait demi-tour ? Nous luttons beaucoup durant cette longue montée : c’est épuisant car nous voulons aller vite. Après la grande montée, il y a une série de petites montées et descentes que la carte n’est pas assez précise pour indiquer : c’est frustrant car nous pensions en avoir fini de grimper. Heureusement, il y a un peu moins de vent et même un rayon de soleil qui fait miroiter les champs de neige sous nos pieds. Nous voyons deux maisons au loin : l’une ressemble à une hutte touristique et l’autre à un refuge de secours mais la carte dit le contraire. Nous allons donc en direction de ce que la carte dit être la hutte. Plus on se rapproche plus ça a l’air d’être un abri, on a même peur que ce soit fermé mais heureusement c’est ouvert et il y a même quatre jeunes islandais, enfin plutôt trois plus un sac de couchage qui a l’air habité : ces jeunes voulaient faire la traversée dans le sens inverse que nous mais l’un d’eux est tombé malade et ils attendent les secours. Une route de jeep mène jusqu’à la hutte mais les secours ont crevé et mettent du temps à arriver. Pendant ce temps nous nous installons : je vais chercher de la neige à faire fondre car il n’y a pas d’eau. Bonne surprise : cet abri non gardé coûte moins cher que le camping de la veille. Par contre la carte était fausse et ce ne sera pas la seule fois… Nous mettons nos sacs à l’étage où il fait plus chaud, je m’endors comme un bébé pendant que Gaël dessine.

Mercredi 30 juin

Le vent a soufflé toute la nuit, faisant trembler les vitres, heureusement quand on se lève il est moins fort que la veille. Le muesli froid a un goût très cartonneux. On se met en route. Aujourd’hui, nous n’avons que de la descente. Le chemin suit d’abord une piste de 4x4 moyennement intéressante avant d’arriver à une tumultueuse rivière où ô bonne surprise il y a un pont pour les piétons (non marqué sur la carte). Un sentier suit le cours de la rivière. Un panneau uniquement en anglais le recommande pour ses “many beautiful waterfalls”, en effet à certains détours de la rivière l’eau et les rochers forment un spectacle grandiose. Je suis assez fatiguée, la marche n’est pas dure mais le terrain est assez accidenté. Mais le paysage est très beau. Nous arrivons à Skógarfoss, ou chutes de Skógar, site annoncé par la présence de nombreux touristes, appareil photo en bandoulière. Plusieurs volées d’escaliers nous permettent de perdre les dernières dizaines de mètres pour arriver au niveau de la mer. Nous pouvons alors admirer les impressionnantes chutes, très belles en effet. C’est ici que se termine notre traversée depuis Landmannalaugar : il va nous falloir un peu de repos… Nous décidons de faire du stop jusqu’à Kirkjubaejarklaustur (essayez de prononcer !). Il fait beau. Nous nous postons à la sortie de Skógarfoss, mais la plupart des gens y vont et les autres ne semblent pas vouloir nous prendre. On attend. Après un certain temps, surprise, c’est un bus de touristes qui s’arrête pour nous prendre ! C’est inhabituel. Il s’agit d’un bus de Genevois avec un guide très sympa qui annonce à la cantonnade : ils viennent de Paris, on peut leur parler français ! Il fait chaud dans le car, on est très confortablement assis derrière le guide et je savoure l’instant. Mais le temps se dégrade et arrivés à Vik, où le car fait une pause déjeuner avant de repartir dans l’autre sens, il tombe une pluie battante et il y a du vent. Nous avalons rapidement notre déjeuner dans la station service qui représente le coeur du bled puis nous nous remettons au bord de la route avec le pouce levé. Hélas nous sommes trempés en 5 minutes, intérieur des chaussures y compris : pas très agréable, surtout dans le vent très fort qui nous oblige à tenir nos sacs. Personne ne semble vouloir nous prendre : certaines voitures, pleines par exemple, nous font un signe d’encouragement mais pleins de grosses 4x4 vides passent sans nous jeter un coup d’oeil. Appremment l’Islande n’est pas un pays très propice au stop ; c’est décevant car nous avons eu de très bonnes expériences dans ce domaine dans d’autres pays. Trempés et glacés nous nous réfugions à nouveau dans la station service pour nous concerter. Nous décidons d’aller à l’auberge de jeunesse de Vik. Malheureusement quand nous y sommes, il n’y a plus qu’un lit ! Coup dur pour le moral. Nous retournons piteusement faire du stop à notre ancien emplacement, mais toujours en vain et c’est toujours aussi fatigant, même si cette fois nous avons eu soin de mettre notre pantalon étanche. Nous avons le moral dans les chaussettes. Au bout d’une heure et demi je n’en peux plus : nous rentrons dans la station service. Nous ne savons pas trop quoi faire : il y a d’autres hôtels mais hors de prix (il faut quand même réaliser que l’auberge de jeunesse coûte 25 euros par personne…) : on pourrait planter la tente mais sous cette pluie diluvienne… En désespoir de cause nous retéléphonons à l’auberge de jeunesse en espérant qu’ils ont eu des annulations. Non, mais la patronne (qui a sûrement pris pitié de nous) nous dit qu’en fait on peut prendre le lit et mettre un matelas par terre. Ouf ! Comme ce n’est pas encore l’heure de se rendre à l’auberge, j’achète un yaourt à la fraise à Gaël et je me prends un café chaud, le tout pour nous consoler et nous réchauffer un peu. Nous sommes crevés, mais soulagés d’avoir un toit. A l’auberge de jeunesse, un jeune croate sympa nous montre la chambre et on s’installe. Frigorifiée, je fonce sous la douche que Gaël a la galanterie de me laisser. Ca fait du bien. C’est la première douche depuis une semaine, je la règle pour qu’elle soit brûlante, et ce n’est pas du luxe de me démêler les cheveux ! Nous mangeons rapidement puis nous nous couchons tôt. Arrivée dans la chambre d’un couple qui deviendra mythique pour nous : le gros porc et la haridelle en ciré jaune. Lui ressemble à un bûcheron scandinave avec un énorme ventre, un gros ours mal léché ; elle super sèche en ciré jaune, très grande avec des cheveux gris impitoyablement tirés. A 5h du matin les ronflements du gros porc me réveillent : c’est tout un concerto avec des interruptions, des trémolos, des gémissements : le pire est encore quand ça s’arrête. En plus de l’autre côté de mon matelas sa nana ronfle aussi, quoiqu’avec moins d’imagination : on a des ronflements en stéréo !

Ah oui, pour information Vik est l’endroit d’Islande où il pleut le plus ! On a bien galéré pendant quelques heures…

Jeudi 1er juillet

Au réveil nous décidons d’aller dévaliser le supermarché du bled pour se faire un petit déjeuner de fête. En plus il nous faut du ravitaillement pour les jours suivants. Notre menu : café ou thé + 6 oeufs + pain grillé au fromage + skyr au miel : on mange bien. L’estomac satisfait, nous allons faire une balade au pied des falaises noires de Vik dans l’espoir d’apercevoir des macareux ou puffins en anglais. Le temps est typiquement breton : petit crachin + vent. De gros rouleaux déferlent sur l’austère plage de sable noir : c’est beau mais ça ne donne pas envie de se baigner. Plein d’oiseaux nichent dans la falaise, surtout des simili mouettes qui font l’aller-retour entre la mer et leur nid où les petits piaillent. Et au-dessus de ces nids Gaël aperçoit un puffin ! C’est un tout petit oiseau très coloré qui bat très vite des ailes. Nous sommes tout contents et après le premier nous en voyons plein d’autres. L’Islande est connue pour être le paradis des ornithologues (je n’ose pas dire des oiseaux car le temps n’est pas très clément). Nous retournons à l’auberge de jeunesse chercher nos sacs et nous allons prendre le bus BSI à notre chère station-service ! Heureusement le temps est un peu meilleur qu’hier. On avale vite fait une boîte de poisson mariné dans la sauce aux oignons : miam ! Le bus s’arrête quelques minutes au parc naturel de Skaftafell, au pied du plus grand glacier d’Islande, le Vatnajökull. Nous voyons le bout du glacier, tout crevassé. Le coin a l’air sympa mais il est très touristique et conçu principalement pour des promenades à la journée, donc nous avons choisi de ne pas nous y arrêter (contrairement à la majorité des touristes). En lisant attentivement les horaires des bus nous avons trouvé une combine qui nous permet, grâce à un changement de bus, de passer 40 minutes à Jökulsárlón où le Vatnajökull descend jusqu’à la mer. Des icebergs se détachent et flottent quelque temps dans un lagon glacé et irréel avant d’être suffisamment fragmentés pour pouvoir passer le goulet qui mène à la mer. L’endroit est très impressionnant ; en arrivant avec le bus on voit tout d’un coup une dent bleue qui dépasse du remblai sur le côté de la route, ça fait une drôle d’impression. La pluie et la brume donnent une atmosphère désolée à cet endroit étonnant ; on devine au loin le glacier au-delà du lagon où traînent les blocs bleutés attendant leur départ pour l’océan. Nous reprenons un autre bus, tout rouge et tout petit ! Les bus les plus luxueux se trouvent du côté de Reykjavik, la population est moins riche dans le reste du pays. Nous avons un chauffeur à la noble barbe blanche : beaucoup mieux que le précédent ! Nous arrivons à Höfn, ville portuaire importante (1900 habitants !) où le camping est sympa et pas trop cher. Un groupe de motards allemands hauts en couleurs y fait la cuisine. Nous allons faire quelques petites courses, et je trouve un magasin de sport pour remplacer mon bandeau North Face que je crois avoir perdu : heureusement, je le retrouverai peu après. Le repas est suivi d’une petite douche (deux douches en deux jours, quelle décadence !), puis dodo dans notre belle tente.

Vendredi 2 juillet

Notre petit déj’ est agrémenté d’un bon gâteau marbré. Nous reprenons le bus avec le même chauffeur barbu. Après Höfn la Ring Road (l’autoroute du pays) se transforme en dirt road. Nous n’allons pas très loin : au bout de 30 km on se fait à dropper à Sfatafell, une ancienne ferme qui fait aussi auberge de jeunesse, au bord d’une réserve où nous voulons aller randonner. Nous cherchons des informations sur le chemin jusqu’au Snaefell (un volcan qui est aussi la plus haute montagne d’Islande en dehors des glaciers). A côté de l’auberge de jeunesse se trouve une petite église entourée d’un cimetière très paisible, avec plusieurs espèces de beaux arbres (c’est rare ici). A l’auberge de jeunesse un fermier très sympa nous apprend qu’un bus part pour la première hutte du chemin dans une demi heure, ce qui nous gagnerait pas mal de temps (en plus, nous ne croulons pas sous la nourriture)… mais pour 2000 couronnes par personne ! C’est cher et on n’arrête pas de dépenser ici. Nous voyons avec effroi le couple ronfleur au ciré jaune de Vik sortir de l’auberge de jeunesse. Heureusement ils ne vont pas au même endroit que nous. Enfin, nous décidons de prendre le bus quand même, en compagnie d’une joyeuse bande d’Islandais (il y a beaucoup moins de touristes dans cette région) qui vont passer la nuit à la hutte. La route est évidemment non goudronnée. Notre bus 4x4 et notre chauffeur sont impressionnants : ils traversent des gués difficiles, manoeuvrent sur des routes très raides à flanc de côteau, c’est l’aventure ! Le paysage dans lequel nous avançons est très beau. Géologiquement, c’est de la rhyolite dont les couleurs rouges se mêlent au vert des mini-forêts et au bleu-gris des rivières : on se rattrape de ce qu’on n’avait pas pu voir à Landmannalaugar à cause de la brume. On grimpe de plus en plus à travers de très jolies vallées, puis le bus s’arrête. Nous sommes sur un surplomb, le bus ne peut pas aller plus loin car la hutte est de l’autre côté d’une tumultueuse rivière (il y a un pont pour les piétons). Nous y descendons. En chemin nous croisons les gardiennes qui vont chercher leur approvisionnement apporté par le bus. Nous les attendons à la hutte car nous comptons sur elles pour obtenir des informations. Tiens d’ailleurs on ne nous a rien demandé de payer dans le bus ! Pour une fois que quelque chose est gratuit en Islande… La hutte est jolie, mais un peu froide. Les gardiennes et un de leurs amis à l’allure de berger arrivent et se préparent un solide repas de bacon, oeufs et baked beans : miam !!!! Elles allument également le poêle à gaz, ce qui est agréable. Pour un peu je me mettrais à ronronner. Elles sont très gentilles. La chef nous donnes des infos sur la route, rectifie la carte qui est grossièrement fausse à certains endroits, prend nos noms par sécurité, puis elle nous accompagne pendant un bout du chemin. C’est une petite balade tranquille jusqu’à la hutte suivante. Au début nous suivons la vallée colorée rouge-grise à travers un joli bois de bouleaux, puis ça monte assez sec vers des hauts plateaux d’où nous apercevons les sommets enneigés environnants, des langues de glaciers, plusieurs lacs de montagne : c’est très joli. Au bout d’un plateau nous voyons notre hutte dans un creux au bord d’un lac. Un dernier effort : une rivière à traverser en Teva juste à côté de la hutte d’Egilsell. Nous investissons la jolie hutte, toute petite et proprette avec même du gaz et du chocolate mix ! Nous faisons un festin : 400g de pâtes + de la soupe + un chocolat chaud. Gaël a mal au dos : il porte beaucoup et il a peut-être fait un faux mouvement auparavant.

Samedi 3 juillet

Et pour se mettre en forme le matin, encore un chocolat chaud et même du muesli chaud ! Et en route pour une bonne étape. J’ai beaucoup regardé mes pieds aujourd’hui car nous progressions sur des rochers et des cailloux coupants donc il fallait faire attention, mais sinon je crois que le paysage était joli ! Et il n’a pas plu aujourd’hui.

Au début, nous traversons de verts pâturages au bord de lacs de montagne (les sol est assez boueux et mes chaussures sont assez vite très sales), puis nous arrivons à des collines de pierre. Il paraît que des rennes vivent ici (ça doit être assez rude) mais nous n’en avons pas vu. Nous traversons une rivière à gué juste avant le déjeuner, sinon pas de difficulté particulière. Nous avons pu voir des langues de glacier de très près, c’était sympa. Ce soir, nous sommes à Geldingafell dans une jolie petite hutte au bord d’un ruisseau, on va se faire un bon repas et j’espère que demain on arrivera à faire la traversée ! Nous sommes au pied du Snaefell, belle montagne blanche et conique qui nous contemple, droit et majestueux comme il se doit. Il y a souvent des nuages autour du sommet, mais ils se sont dégagés à un moment !

Dimanche 4 juillet

Au programme : la traversée du glacier.

Au réveil il y a plein de brouillard. Nous ne sommes pas contents car le chemin n’est pas marqué. Le petit déjeuner est agrémenté de thé chaud au miel. Nous passons d’abord pas mal de temps à chercher un gué convenable pour la rivière juste à côté de la hutte puis nous avançons en traversant une succession de rivières, les unes en Teva, les autres en faisant du BTP, c’est-à-dire en cherchant l’endroit le moins large puis en balançant de grosses pierres près de la rive pour encore rétrécir le pas. Ca marche plutôt bien. La marche est assez longue, sur le coup de midi nous arrivons en vue de la langue de glacier à traverser. Le brouillard se dissipe très vite. Nous pique-niquons : je me bourre de pain et de gouda. Pour monter sur le glacier il faut d’abord contourner de profondes gorges où coulent des rivières glaciaires : ça fait donc pas mal de détours. Ces gorges sont belles, à un endroit plein de cascades vaporeuses tombent sur une paroi de toutes les couleurs. Gaël repère un endroit pas mal pour monter sur le glacier, mais les dernières dizaines de mètres avant le glace sont une boue grise-verte dans laquelle nous enfonçons jusqu’aux chevilles : nos chaussures se recouvrent d’une belle croûte de boue ! La traversée du glacier dure environ une heure, elle est assez facile : la glace est pleine d’aspérités donc on y avance très bien. Il faut sans cesse sauter par-dessus des mini-crevasses : c’est rigolo pour les 30 premières, un peu fatigant ensuite. Le glacier est sillonné par plein de petites rivières qui se jettent dans d’énormes trous en spirale bleutées : mieux vaut ne pas tomber. Mais cela nous a quand même fatigués : nous faisons une pause brownie de l’autre côté du glacier, non sans avoir recouvert nos chaussures d’une nouvelle couche de boue ! Il fait très beau. Nous obliquons vers une plaine sillonnée de petits ruisseaux et peuplées d’oies sauvages et de petits loirs. Nous nous choisissons un joli terrain de camping entre deux montagnes près d’un petit ruisseau, le repas se compose de semoule, poisson séché et chocolat. C’était une très belle journée, fatigante car longue. Il faut que j’arrête d’écrire, Gaël va avoir besoin d’un massage.

Lundi 5 juillet

Au réveil nous sommes fatigués. Heureusement le soleil descend progressivement la pente de la montagne et chauffe bientôt la tente. Le petit déj est acrobatique, avec juste la bouche et les mains qui dépassent de la tente pour ne pas la salir, puis on y va. Le chemin est facile, avec juste quelques petites rivières à traverser. Nous croisons une famille d’oies, et un peu plus loin nous voyons un des oisons sauvages qui est visiblement perdu : il était très mignon, j’espère qu’il aura retrouvé sa famille. Il fait toujours très beau. Il n’y a que 10 km à faire pour arriver à la hutte du Snaefell, mais nous sommes fatigués. Une fois arrivés à la hutte, le gardien est gentil et un peu surpris de nous voir arriver : il est là depuis deux jours seulement. Par contre il nous donne une mauvaise nouvelle : il n’y a pas de bus qui vient ici, contrairement à ce que nous croyons. Il va falloir marcher 12 km pour atteindre une route assez fréquentée et faire du stop. Mais avant nous faisons une pause déjeuner à l’intérieur de la hutte en lisant le guestbook où nous complétons la saga d’un groupe que nous avions suivie de hutte en hutte : ils parlaient notamment d’un renne Rudolf qui venait leur piquer leurs bières… Les guestbooks sont une lecture très rigolote. Nous pouvons même boire une tasse de Marshmallow Lovers, le gardien est sympa. Puis c’est reparti pour 12 km sur une piste de 4x4 qui tourne beaucoup, avec un passage de gué en Teva pour faire bonne mesure. Enfin, une 4x4 que nous avions croisée dans l’autre sens revient et nous prend en stop ! C’est amusant, car la 4x4 est assez crade de l’extérieur, les passages de gué sont assez dévastateurs pour ça, mais à l’intérieur elle est nickel : sièges en cuir, bois de rose… il y a même le costume du cadre sup accroché sur un côté… ils sont sympas de prendre deux randonneurs sales comme nous ! Nous avons terminé hier la randonnée classique Landmannalaugar-Thórsmörk : nous C’est un couple sympa, ils nous offrent même des bonbons. Ce sont des Islandais qui visitent leur pays. Nous arrivons sur la route “très fréquentée” : on doit bien croiser une vingtaine de voitures à l’heure. Mais ce n’est pas si mal. Le trafic est dû à la construction d’un barrage pour alimenter une grosse usine : les Islandais sont partagés à propos de ce chantier colossal. Le voyage en 4x4 de luxe est très agréable ! Nos sympathiques conducteurs nous déposent à une intersection. Nous attendons un peu (au soleil !) puis nous sommes à nouveau pris par un Islandais et son amie grecque qui nous emmènent jusqu’à Egilsstadir. En chemin nous passons à côté d’une forêt de conifères : j’avais souvent ironisé quand nous voyions un sigle pique-nique - la table avec le sapin à côté - car je n’avais encore jamais vu de conifères en Islande, mais apparemment il y en a quelques uns ! Ils en sont d’ailleurs très fiers à Egilsstadir. Nos conducteurs nous déposent au camping (ils ont tout compris !) où nous plantons la tente avant d’aller faire les courses au Bonus, le supermarché pas cher. C’est un vrai concept en Islande que le Bonus, et la présence d’un Bonus dans une ville semble réjouir ses habitants. Il en va de même pour les randonneurs affamés. On fait la fête : avec 500 g de viande hachée, un oignon, et deux boîtes de baked beans, voila un ragoût qui nourrit bien, arrosé d’un litre de jus de tomate et suivi de skyr à la fraise et d’un gros gâteau au chocolat et à la crème. Ouf ça fait du bien ! On s’endort vers 11h : pour une fois nous ne sommes pas couchés à 8h !

Mardi 6 juillet

Je me réveille plus tôt que la montre de Gaël : je dors beaucoup ces derniers temps ! Nous voulons prendre un bus vers 11h pour Borgafjördur, un fjord de la côte est, donc nous avons tout le temps. Le petit déjeuner est la suite du festin d’hier : muesli au chocolat, skyr et gâteau. On mange tout le temps et beaucoup, mais on a tout le temps faim ! Nous avons lavé nos T-shirts la veille : c’était nécessaire, mais c’est désagréable d’enfiler un T-shirt froid et mouillé. Pour se réchauffer nous allons consulter cartes et prospectus à l’accueil du camping. Le bus est bien en retard, il sert aussi de poste, d’approvisionnement. Arrivés à Borgafjördur, nous nous installons au camping où nous sommes seuls puis nous partons visiter le village. Une petite église typique en bois peint abrite un retable d’un grand peintre local, naïf mais beau : il représente le Christ prêchant. Le dessin des corps est souple, les couleurs osées : j’aime bien. Nous faisons rapidement le tour du village, avec notamment une maison traditionnelle au toit de mousse et aux murs rouges absolument charmante, maintenue en l’état par sa propriétaire depuis des dizaines d’année. Un bateau de pêche est amarré sur le quai : ici on pêche du cod, qui sont envoyés en Espagne sauf les têtes qui vont au Nigeria ! Puis nous partons nous balader dans les collines au bord du fjord. Un banc de mouettes se laisse descendre avec le courant le long d’une rivière où elles pêchent, jusqu’à arriver à la mer où elles recommencent alors. Le fjord est entouré de jolies montagnettes rocheuses aux couleurs doucement rouges. C’est une journée de repos, nous n’avons pas très envie de marcher et nous préférons lézarder sous le soleil éclatant. Vers le soir deux Islandais bien équipés arrivent à “notre” camping pendant que nous essayons de faire une sauce carbonara sans lait, puis le fermier qui possède le camping passe nous faire payer, typique dans sa salopette verte.

Mercredi 7 juillet

Nous nous réveillons super tôt (5h30) car nous devons prendre le bus à 8h. Le bus fait le tour du village pour prendre des colis, déposer des gens : c’est le seul lien avec Egilsstadir. De retour à Egilsstadir à notre grande déception le Bonus est fermé : pas de skyr avant midi. Gaël est en train de devenir boulimique ! On part visiter la mini-ville : beaucoup de maisons plates sans grand intérêt, mais une église à l’architecture très moderne, à l’intérieur clair en bois, haute, avec orgue et piano Steinway. Certaines maisons en bois sont plus jolies (et appartiennent certainement à des gens riches !), avec des balcons en bois sculptés, et l’inévitable driveway avec la grosse Toyota 4x4. Un peu désoeuvrés, nous partons sur un sentier dans les bois, le long d’une jolie rivière, et nous atterrissons sur un parc pour enfants désert où nous pouvons même faire de la tyrolienne ! C’est un endroit agréable pour passer le temps, et nous assistons aux exploits de petits Islandais sur la tyrolienne. Puis nous repartons, bien synchronisés avec l’heure d’ouverture du Bonus où nous refaisons des courses. Nous faisons encore un énorme repas avec un pain de 700g, du fromage et du mills kaviar (une pâte à tartiner à base de poisson) et pour finir du gâteau et du skyr, l’alliance des deux étant très réussie. Puis nous prenons le bus (avec plein de Français) pour le lac Myvatn. Ce coin est censé être très beau mais infesté de moucherons. Nous traversons de grandes plaines rocheuses et sableuses, mais en fait je n’en vois pas tellement que ça car je suis prise d’une irrésistible envie de dormir ! Nous arrivons et nous installons au camping local, il y a un peu de vent et quasiment pas de mouches, ouf ! Puis nous cherchons une carte pour notre prochaine rando, à Askja, mais nous n’en trouvons pas d’assez précise. Nous cherchons aussi un moyen de nous rendre à Askja : il n’y a pas de ligne de bus mais un voyage organisé y va : peut-être qu’on pourra s’arranger avec eux. On prépare la journée suivante (autour de Myvatn) et nous assistons un peu effarés à l’arrivée d’un groupe de Français très bruyants et sans-gêne (un groupe de Nouvelles Frontières) qui envahit l’espace autour de notre tente. Nous faisons un bon repas de… pâtes (étonnant !) à la sauce basilic-tomates, mais ça ne suffit pas à Gaël qui se jette sur le pain ! Jusqu’où ira-t-il ?

Jeudi 8

Ce matin nous avons même du muesli chaud. Comme les Français restent encore quelques jours au camping et que nous avons peur pour la tente (ils shootent dans les tendeurs), on la transporte toute montée à un autre endroit du camping (le groupe nous avait d’ailleurs proposé de le faire, un peu à la méthode US on est nombreux on fait du bruit on s’installe et au besoin on vous déplace, mais nous n’enfonçons pas nos sardines au marteau !). Puis nous partons vers le volcan Krafla pour une longue balade. C’est une très belle journée avec plein de soleil : j’attrape même un coup de soleil ! Nous partons dans de jolies petites collines vertes où nous croisons un troupeau de chevaux indolents, puis au bout d’un certain temps on arrive dans le champ de lave d’une des nombreuses éruptions du Krafla, la dernière ayant quand même duré de 1975 à 1984 ! Il y a différents types de lave : elle est parfois très très noire et brillante, sans aucune trace de végétation ; à d’autres endroits il y a quand même un peu de terre et de mousse. Le paysage est rigolo : des collines qui ont été à moitié recouvertes par l’éruption dépassent de la lave comme des périscopes verts. Nous déjeunons d’ailleurs au sommet de l’une d’elles, cherchant le maximum de vent pour avoir le minimum de mouches. Nous apercevons en contrebas dans le champ de lave quelques stupides moutons qui s’y sont aventurés et bêlent lamentablement jusqu’à trouver une touffe d’herbe qui leur fait oublier leur fâcheuse posture. Puis nous continuons à sauter de bloc de lave en bloc de lave. Ici la terre est craquelée, fissurée, torturée, la lave se tord en grosses cordes à certains endroits, à d’autres ce sont des arêtes coupantes qui se dressent brutalement en diagonale, dignes de La mer de glace de Friedrich : le paysage est absolument lunaire. Nous passons également par un cirque volcanique dont les couleurs - noire pour la lave, rouge et jaune à cause du soufre - brillent au soleil. Nous débouchons sur un parking et nous prenons la route qui mène à Viti (l’enfer en islandais !), un cratère rempli d’eau turquoise absolument splendide. La plupart des touristes s’y arrêtent 5 minutes en car pour venir jeter un oeil dans le cratère. Ce serait vraiment dommage de ne pas faire le tour : de l’autre côté du cratère il y a beaucoup d’activité géothermique, en partie exploitée par une usine qui produit de l’électricité, et il y a même des mini-piscines d’eau turquoise, des mares de boue grise bouillante, et des vapeurs sulfurées qui donnent des couleurs jaune citron, orange et bleu pastel aux roches environnantes. Très chouette.

Le retour est un peu long (en tout ça fera une journée de plus de 30 km). Nous passons à côté de la centrale électrique. Au sommet d’une colline, nous surplombons une enfilade de poteaux haute tension qui se dressent sur la terre noire : c’est assez impressionnant. On se paume un peu, puis on retrouve le chemin : c’est l’heure de la pause Twix. Dopée au Twix, je trotte de plus belle pendant un certain temps, puis nous rejoignons la grande route. J’ai vu la veille des gens se baigner dans un lagon d’eau turquoise et ça me fait très envie mais au bord c’est marqué “Hot spots - Bathing forbidden” : je suis très déçue. Pourtant au syndicat d’initiative on nous a dit qu’ils avaient aménagé des bains. Comme nous voyons plein de voitures se diriger dans une direction nous les suivons, en effet plus loin une pancarte annonce “Myvatn nature baths”. En y arrivant on s’aperçoit que c’est payant : 1000 couronnes par personnes, c’est exorbitant. Snif ! On y renonce. Sur la route du retour une gentille dame et sa fille nous prennent en stop et nous disent qu’elles se baignent dans le lagon “dangereux” : cette pancarte n’existe sûrement que depuis l’apparition des bains payants, GRRRRRRRRRR. Elles nous déposent au supermarché où nous faisons le plein de skyr et de pâtes pour la prochaine rando. Au tourist information l’employé téléphone pour nous à la compagnie de tours guidés qui peut nous emmener à Herðubreið et négocie pour nous un prix tout à fait raisonnable : bonne nouvelle. Au camping on se gave de chili beans et… de skyr bien sûr.

Vendredi 9 juillet

Nous nous réveillons tôt (5h30) pour aller prendre le bus à 8h. Nous avons droit au début du tour guidé jusqu’à Herðubreið. Le gentil guide Stefan Petrus a un grand sourire et parle français pas mal du tout. Il fait beaucoup de blagues de gentil organisateur, mais au milieu distille quand même quelques infos intéressantes sur les différents types de lave, etc. Il nous montre une série de cairns marquant une route ancestrale et nous fait remarquer qu’ils sont orientés et indiquent une direction : en cas de brume (et il y en a dans ce pays) ça aide à trouver le cairn suivant. La route de terre est très accidentée, le car roule bien lentement. On fait un arrêt pour boire “la meilleure eau du monde”, recommandée par le meilleur guide évidemment, dans une rivière, puis le guide nous raconte l’histoire d’Evin le hors-la-loi “in the old days”. On s’arrête à Herðubreið, la “montagne aux larges épaules”. Le groupe s’en va, nous on reste là ! Les rangers nous disent que la hutte est quasi pleine ce soir : eh bien on va camper, ça sera moins cher. Un peu désoeuvrés, nous étudions les cartes en comptant les minutes avant l’heure du déjeuner où nous nous jettons sur le pain (les levers à 5h30, ça fait des matinées très longues pour l’estomac !). On fait une petite sieste sur le matelas de la pièce commune. Puis on va faire une petite promenade : nous commençons par visiter la cabane du pauvre Evin, le fameux hors-la-loi qui s’était réfugié dans une cabane ici et affirmait y avoir passé l’hiver le plus dur de sa vie. Il n’a pas dû en effet passer un hiver folichon : la cabane est un minuscule trou moussu au milieu des blocs de lave. Heureusement Evin avait réussi à se cacher pendant 20 ans et à être pardonné selon la coutume islandaise qui voulait qu’un hors-la-loi soit à la merci de n’importe qui : il pouvait être tué sans que son meurtrier soit poursuivi ; mais au bout de 20 ans il était amnistié. Puis nous suivons la rivière autour de laquelle il y a une oasis de végétation au milieu du désert de lave. Nous faisons un détour par l’aéroport de secours (on regarde bien à gauche puis à droite avant de traverser la piste les enfants…). Nous retournons à la hutte où nous déplorons le manque de lecture. Des méchants ont installé leurs affaires sur nos matelas de sieste, donc je m’endors sur la table… cf. dessin de Gaël. Puis c’est à mon tour de dessiner, pendant que rentre le groupe de Hollandais qui occupe la hutte. Une dame très gentille, Saskja, qui parle fort bien français (elle a été jeune fille au pair en France) et le cuistot nous offrent du café et un verre de vin. Nous allons installer la tente puis nous revenons cuisiner nos pâtes pesto en discutant avec le groupe, surtout avec Saskja et avec Armand, un homme sympathique, la trentaine, qui a travaillé en France : c’est bonne ambiance. Ils mangent beaucoup plus que nous et quand je vois disparaître vers la cuisine un plat quasiment fini mais pas tout à fait je ne peux m’empêcher de demander : “Are you going to throw this away ? “. La nana rigole et nous laisse finir le plat : j’espère ne pas l’avoir trop choquée, mais on a trop faim ! Puis skyr et gâteau et au dodo. Ce fut une journée calme.

Samedi 10

C’est un réveil en douceur. On meurt de chaud dans la tente ce matin. Nous partons vers 10 h après avoir discuté avec une famille de Français qui a emmené son Espace avec le ferry. Le problème, c’est que la batterie n’est pas très haute et qu’après le gué il s’échappait une fumée bien blanche de leur voiture… On dit aussi au revoir aux gentils Hollandais. Il fait un soleil de plomb et on doit transporter plein d’eau pour économiser les réserves du refuge suivant, mais la ranger se radoucit en voyant que nous ne sommes que deux, et pas un groupe qui va pomper toutes les réserves (comme si on avait l’air de voyager en groupe !). Nous commençons par nous rapprocher de la grosse montagne Herðubreið à travers le champ de lave et de sable noir, comme ça nous pouvons admirer de plus près ses fissures, ses névés et ses cascades, puis nous la contournons en passant par un terrain pas désagréable pour marcher (un mélange de sable et de terre où pousse une maigre végétation bien courageuse). Nous faisons un sort au reste du gâteau pendant la pause déjeuner : le prochain sera à Akureyri. Nous repartons sous le soleil, atteignant bientôt un nouveau champ de lave. Au loin Kverkfjöll, la porte du glacier, offre sa promesse glacée : le paradis bleuté. Hélas nous ne nous y rendront pas. Nous nous dirigeons cependant vers d’étranges formations rocheuses qui me plaisent beaucoup. Je fatigue un peu : les sacs sont lourds et le mien frotte dans mon dos car mon T-shirt est trop court (classique chez moi…). C’est très étrange de marcher dans le désert de lave : le silence y règne comme dans une espèce de Far West, tout est noir sauf quelques pousses en fleurs, et nous sommes entourés de montagnes enneigées. Nous apercevons la hutte dans le creux d’une montagnette bien rocailleuse : youpi ! Et on s’installe tranquillement. Le guestbook remonte à 1978, ça fait beaucoup d’histoires à lire ! Je le passe à Gaël qui y déniche le passage de Virginie et Fabrice Orgogozo (le frère de notre ami Benjamin et sa femme) ! Quant à moi je lis la Holy Bible : ça fait du bien d’avoir de la lecture. Nous explorons un peu le coin, puis nous faisons un gros dîner grâce à des pâtes au parmesan laissées par un généreux donateur, ainsi que notre semoule, de la soupe et du chocolat. C’était une belle journée, un peu fatigante, demain c’est encore du champ de lave et j’espère que ce ne sera pas trop crevant : on moins on aura moins de nourriture à porter ! Il n’y a pas d’eau au refuge (c’est le désert), à part l’eau de pluie collectée dans des bidons qu’il faut économiser : je suis toute sale et j’ai sur le visage une croûte de crème solaire et de sable du plus bel effet. Non Gaël, pas de photo !

Dimanche 11

Au réveil il y a plein de brouillard : zut. Je mange mon muesli chaud dans les restes de pâtes et de soupe (eh oui, pas de vaisselle pour économiser l’eau !) et je prie très fort le dieu des lentilles pour ne pas attraper de conjonctivite. Quand on part le brouillard se dissipe peu à peu et il fait vite même assez beau. Le haut du Herdurbreid reste cependant pris dans un capuchon de nuages. On marche d’abord un peu dans la lave, puis à flanc de colline (ce qui permet d’éviter d’escalader les blocs de lave). Nous croisons des rochers aux formes acérées, des paysages de canyon gris et ocres. De jolis cirques rocheux par-ci par-là. La montagne à notre droite, la lave à notre gauche, nous marchons dans du sable et des caillasses : à un moment tout devient gris. Que du gris. Je ne me sens pas très bien : j’ai l’impression que chaque pas résonne ma gorge alors que mes pieds n’amortissent rien. Très désagréable. Nous profitons de la pause pique-nique pour assassiner un demi pain de mie, le fromage qui va avec et un sachet d’abricots puis on repart. La marche est toujours pénible pour moi, mais pour Gaël ça va mieux qu’hier (il avait mal au dos). A un moment on quitte ce flanc de collines grises pour s’enfoncer dans le champ de lave ; là il faut sauter par-dessus un petit bloc de temps en temps mais la progression est en fait assez facile et surtout il y a des couleurs ! Noir de la lave, vert de l’herbe, et plein de pierre ponce rouge, noire ou dorée. J’aime beaucoup la pierre ponce. Et ô miracle les couleurs me redonnent la pêche : je me sens mieux et je gambade comme un cabri. Après un petit mont tout noir et rouge nous rejoignons la route de jeep qui mène à Dreki (la hutte d’Askja). Une pause barre de muesli s’impose. Nous aimerions faire du stop sur cette route, malheureusement il n’y a pas de voitures donc nous finissons à pied. Mauvaise surprise : il faut traverser une rivière avant d’arriver. La lecture de la carte m’y avait psychologiquement préparée mais Gaël n’apprécie pas. Et en plus la carte est fausse il y a une deuxième rivière à traverser. Heureusement nous étions restés en Teva. Nous arrivons à la hutte qui est pleine : nous allons être obligés de camper, ce qui en temps normal ne nous dérangerait pas mais le sol est très dur, sans le moindre brin d’herbe : que de la pierre ponce qui risque d’abîmer la tente. Nous la montons dans le vent en enfonçant les sardines qui percent certaines pierres ponces puis on va s’abriter dans la hutte. Peu après arrive un groupe de Français qui fait un voyage thématique sur les volcans (c’est un bon endroit pour ça !), accompagnés par leur très sympathique guide-photographe-géologue. On discute un peu, puis je les regarde avec envie préparer la cuisine : nous avons bien essayé de tromper notre estomac avec un bouillon cube, mais nous avons très faim. Ils préparent notamment un apéritif de fromage roulé dans du bacon, le tout grillé, qui me met l’eau à la bouche. Ils m’en proposent un, je ne dis pas non, et comme peu de personnes se reservent j’ai droit à un deuxième et même un troisième ! Sur ce Arnaud rentre (il était en train de s’occuper du barbecue) et nous invite carrément à dîner : c’est la fête ! La première étape du dîner est quasi initiatique pour un touriste en Islande : du requin pourri à l’arrière-goût très fort, qu’on fait passer avec une bonne gorgée de schnaps. Le chauffeur très jovial du groupe (brosse blonde, moustache et grand sourire) menace de ne pas ramener les membres du groupe s’ils ne mangent pas. C’est moins dégueu que ce que je pensais et le schnaps n’est pas mauvais. La suite du festin : salade au thon, gigot et pommes de terre. Le groupe est aux petits soins pour nous, ils sont vraiment tous très gentils. Une DRH de la Poste nous donne assiettes et couverts, un ingénieur rigolo nous fait passer la crème et le bleu. On a même du vin. Puis le dessert de surmjölk (une sorte de lait caillé) à la confiture de myrtilles. Arnaud est très intéressant, il nous parle de ses voyages, des volcans en Sicile, aux USA, au Japon, de comment gérer un groupe de touristes. Il nous laisse sa carte : j’espère qu’on le reverra. Nous allons nous coucher dans la tente en essayant d’être le plus léger possible pour ne pas l’abîmer. C’était super cool ce repas ; d’un côté on l’avait un peu cherché en essayant quelques allusions discrètes du genre “on a 8 jours d’autonomie donc on a pas beaucoup à manger” etc., pas très fin mais trouver de la nourriture qu’on ne porte pas est devenu notre nouveau sport qui occupe le temps en dehors des randos (ce n’est d’ailleurs pas facile car aujourd’hui les gens imaginent difficilement que deux jeunes gens bien portants et relativement aisés aient envie qu’on leur donne de la nourriture). D’un autre côté nous n’avions fait aucun appel du pied de ce type à Arnaud qui a proposé de lui-même de nous inviter. Et vive la tradition médiévale de raconter ses aventures en échange d’un repas !

Si certains trouvent que je parle plus de bouffe que de paysage dans ce journal, c’est normal : on a tout le temps faim, et pendant que j’admire les paysages en marchant, j’ai intérieurement des visions de cassoulet, de côtes d’agneau… pas incompatible avec l’harmonie d’un paysage !

Lundi 12 juillet

Il fait très chaud au réveil. Nous replions la tente car la nuit prochaine nous dormons dans la hutte pour l’économiser. Nous nous sommes réveillés bien tard, car c’est notre journée off sans sacs pour visiter Askja et sa caldeira. Nous prenons congé du groupe et du bel Arnaud, tous toujours aussi sympas avant de se faire un bon petit déjeuner dans la hutte. Puis on part en montant vers la caldeira d’Askja, un volcan actif qui pourrait bien détruire la hutte un de ces jours… Le chemin offre des paysages lunaires, chevauchant une arête qui surplombe des cirques tout à fait lunaires (Apollo 13 s’est entraîné à cet endroit !), au milieu de montagnes de toutes les couleurs, les rouges et noires étant celles que je préfère. Arrivés en haut, je découvre la caldeira avec émerveillement : un grand lac d’un bleu profond scintille, entouré de pentes enneigés ou colorées. C’est magnifique sous ce soleil radieux. Nous faisons un rapide pique-nique : aujourd’hui nous faisons peu d’effort donc nous nous limitons en nourriture. Puis nous descendons au fond de la caldeira pour atteindre un petit cratère secondaire : c’est Viti, l’enfer. Le cratère aux fumerolles soufrées abrite un lagon turquoise au milieu de ses pentes abruptes, de ces roches ocres, jaunes ou vertes. On peut s’y baigner : l’eau est chaude grâce à l’activité géothermique. La tradition est de se baigner tout nu mais nous avions prévu les maillots. Ce n’est pas si chaud que ça (22 °) à cause de la fonte des nieges, mais moi je trouve ça très agréable… contrairement à Gaël qui râle comme un pou “j’aime pâs l’eau froide !”. Ah la la c’est pourtant pas souvent qu’on peut se baigner dans un lagon d’eau turquoise chauffé par un volcan au fond d’un cratère.

A certains endroits le sol est hyper chaud et on se brûle les pieds ! Quand on sort de la flotte par contre ça fait froid ! Nous remettons vite nos fringues qui garderont une bonne odeur bien soufrée jusqu’au prochain lavage. Pour me réchauffer je vais admirer les fumées soufrées jaunes, grises et vertes.

Nous remontons la pente bien raide puis nous allons au parking où nous faisons du stop pour éviter 8 km de marche jusqu’à la hutte. Nous sommes assez vite pris par une énorme Defender que le père conduit avec un tout petit gamin sur les genoux qui tient le volant, un autre gamin à côté et sa femme étendue sur un matelas dans le fond. Ce sont de sympthiques Danois qui ont beaucoup aménagé leur voiture pour voyager. La nuit, les enfant dorment dedans ! Les passages de gués sont plus rigolos en voiture qu’à pied. De retour à la hutte, nous faisons une lessive salutaire de nos pantalons, puis comme le groupe annoncé ne vient pas (zut, pas de nourriture supplémentaire ! Par contre on va être tranquille.), nous faisons notre cuisine en compagnie d’un couple d’universitaires islandais gentils et intéressants. Ils vont même chercher un annuaire dans leur voiture pour nous trouver l’adresse du Bonus d’Akureyri ! Puis dodo bien au chaud.

Mardi 13 juillet

C’est Gaël qui raconte

Aujourd’hui c’est notre plus longue étape : 10 h dans le topo ! Heureusement la gardienne de Dreki nous amène en voiture jusqu’à la caldeira : 8 km et 500 m de montée. Le chemin n’est pas indiqué et il faut traverser un champ de lave et longer les montagnes qui bordent la caldeira jusqu’à une petite passe. A partir de là le chemin sera indiqué. Ma carte est très imprécise, et la navigation avec elle n’est pas aisée : lorsque je prendre un relèvement sur l’île du lac de la caldeira je m’aperçois qu’elle n’est même pas sur la carte. Ce n’est pas grave, je pense déjà avoir repéré le col la veille. En fait je vais beaucoup trop loin dans la caldeira. Nous montons là où j’imagine que se trouve la passe mais aucun piquet ! Impossible de savoir si nous sommes trop à gauche où trop à droite. Je décide de franchir le col pour essayer d’apercevoir des piquets de l’autre côté… mais de l’autre côté il y a une longue pente noire qui se perd dans la brume sans aucun signe distinctif. De plus le compas fait des choses bizarres ; Arnaud m’avait bien parlé des anomalies magnétiques près des volcans. Après un petit moment de découragement nous décidons de descendre sans chemin : ce sera plus long et fatigant mais nous trouverons la hutte. Nous perdons 400 m dans un interminable pierrier de pierres ponces bien tranchantes et finalement j’y vois suffisamment clair dans le paysage pour nous situer sur la carte. 100 m sous nous passe une piste de jeep que nous pouvons longer pendant une dizaine de kilomètres pout arriver à la hutte. Heureusement la vallée est superbe : canyons et châteaux de pierre de toutes les couleurs. Une pause figue et c’est reparti au trot. Mon dos me fait mal donc je trace. 2h plus tard nous voici à la hutte où une vieille Land Rover est garée. Ce sont deux Suisses Allemands, un père et son fils. Ils sont venus en Islande pour pêcher. Nous avalons un véritable festin (400g de pâtes, 100g de poisson séché, 50 g de chocolat et un instant pudding !). Puis le père nous offre du whisky et nous parlons de pêche au saumon dans les rivières d’Islande.

Le petit mot d’Emmanuelle

C’est la warden pas très fut fut mais très gentille qui nous donne un lift bien utile. Nous démarrons dans le champ de lave non marqué. Sous nos pieds, de très belles pierres de toutes les couleurs, noires aux reflets métalliques et dorés : on en prend quelques échantillons. Après c’est comme Gaël le raconte : on s’est paumés mais on a atterri dans une vallée vraiment superbe, façon canyon du bout du monde ou expédition sur Mars. Le paysage s’étendait à perte de vue, mais il était varié… et il n’y avait personne ! Les Suisses du refuge étaient sympas (absolument passionnés de pêche, il fallait les entendre parler du combat avec le saumon !), mais il a fallu que j’attende de lire leur provenance sur le guest book pour comprendre qu’ils parlaient allemand ! Après j’ai commencé à comprendre des bouts et ça allait mieux. Et qu’est-ce que l’instant pudding à la vanille était bon !

Mercredi 14 juillet

Encore Gaël

22 km de piste de jeep, dans un désert plutôt plat et barbant. Nous partons sous la pluie à une bonne allure. Emmanuelle n’est pas en très bonne forme et mon dos me fait mal, raison de plus pour aller vite. Nous croisons trois voitures dans la journée. La route, d’abord droite dans des étendues plates déprimantes de sable gris finit par entrer dans un champ de lave pahoehoe. Finalement l’embranchement pour Botni : encore 8 km. La piste sinue comme c’est pas possible dans le champ de lave pahoehoe, en bordure d’une étendue de lave aa. Enfin j’aperçois la hutte et je fonce tout droit jusqu’à elle. Nous avons mis 5 h ! Bonne moyenne. Comme quoi le mal au dos ça fait avancer.

Le mot d’Emmanuelle

On a marché à fond la caisse ! Normal, il pleuvait et la route de 4x4 n’est pas passionnante : du gris à perte de vue. Ca allait mieux quand nous avons obliqué dans le champ de lave : le paysage était plus varié. Et en arrivant à la hutte, j’ai trouvé un bouquin ! C’est The great Gasby de Fitzgerald : très agréable de bouquiner après une journée de marche. D’ailleurs quand je l’ai fini Gaël me l’a piqué et a lu jusqu’à minuit !

Jeudi 15 juillet : la sortie - le marathon

Il fait beau quand on se réveille, c’est agréable. Au programme : 15-16 km faciles jusqu’à une ferme qui marque la fin de la rando “officielle” mais qui débouchent sur une route où on se demande quel est le trafic pour faire du stop, jusqu’à Akureyri si possible.

En fait le début n’est même pas si facile que ça car le chemin est très mal marqué et on se paume en allant beaucoup trop à l’est. On croit suivre le bon chemin qui n’est en fait qu’une route de 4x4 donc on l’abandonne pour piquer sur une grosse ferme qu’on aperçoit au loin. On quitte le champ de lave pour des collines et des prairies verdoyantes ; à ce moment les rivières qui avaient coulé sous la lave jaillissent en sources claires et abondantes : très agréable pour se désaltérer. La progression dans la prairie est facile mais c’est long car nous avons fait un gros détour en prenant le mauvais chemin. On arrive enfin à la ferme, une grosse exploitation au bord d’un petit lac. De nombreuses voitures garées nous font espérer d’être pris en stop. On pique-nique, avec filets sur la tête en raison des mouches, et on repart en pensant au Bonus d’Akureyri. Il n’y a personne sur la route et nous sommes chargés. A chaque fois que nous dépassons une ferme ça nous donne une chance supplémentaire d’être pris en stop mais ça n’arrive que tous les 5 kilomètres ! Gaël a mal au dos et au tendon d’Achille : c’est très pénible pour lui de marcher et nous faisons de fréquentes pauses. On se fixe un objectif : un pont qui permet de rejoindre une route un peu plus fréquentée, semble-t-il. Deux voitures peu chargées nous dépassent en ignorant notre pouce à cran d’arrêt. Enfin quelqu’un nous prend : il ne va pas très loin mais nous dépose quand même de l’autre côté du pont. Il travaille à une guesthouse qui fait aussi camping et nous envisageons de dormir dans son camping si personne ne nous prend en stop. Mais à partir de là les choses s’accélèrent. Un couple de Français dans une minuscule 4x4 rouge s’arrête, contemple nos sacs d’un air dubitatif : “Vous croyez que ça va rentrer ?”. Oui, on a très envie d’y croire ! Et on entasse dans leur coffre leurs bagages, nos sacs… et puis nous ! Nous sommes très comprimés, je ne vois pas Gaël qui est caché derrière son sac mais nous sommes super contents car comme ça nous allons pouvoir aller jusqu’à la route numéro 1 ! Ils nous racontent leurs vacances et en retour je leur fais le récit de nos aventures. Ils sont très sympas : ça fait plaisir de rencontrer des Français comme ça à l’étranger. Ils nous déposent à Godafoss, site avec de très belles cascades à étages que nous admirons avant de nous remettre sur le bord de la route. A priori nous avons moins de chance d’être pris sur la route numéro 1 car il y a un bus - en effet beaucoup de voitures nous dépassent -, mais soudain deux filles islandaises s’arrêtent et youpi ! elles vont jusqu’à Akureyri. La voiture est petite, on s’y entasse comme on peut et je m’abandonne à un doux sentiment d’euphorie pendant qu’ABBA sur une vieille cassette pourrie résonne comme un chant de victoire. En arrivant par la route nous voyons apparaître le fjord où se niche Akureyri, la deuxième ville du pays (avec 20000 habitants !). Les filles nous déposent au camping, on s’installe, assez fatigués, et puis on mange ! Le Bonus doit être fermé à cette heure mais après une bonne quantité de semoule je vais acheter du Skyr pour Gaël dans un autre supermarché.

Sur la route au beau milieu de nulle part, je ne pensais pas qu’on serait à Akureyri ce soir. En tout cas, on a marché plus de 40 bornes aujourd’hui !

Vendredi 16 juillet : journée de repos à Akureyri

Nous nous réveillons assez tard ; au petit déjeuner nous avons même du lait frais. J’entreprends un shampoing assez acrobatique dans le lavabo, et une lessive, puis on part visiter Akureyri. Nous passons d’abord à l’office du tourisme où nous achetons la carte de Kjölur, la prochaine région où nous voulons aller. On a de la chance : ils ont une relativement bonne carte. L’office du tourisme est grand, bien chaud, avec des chaises confortables : je me promets d’y revenir écrire des cartes. Mais une fois nos informations glanées, voici l’objectif numéro 1 de la journée : le BONUS !

En chemin nous visitons la boutique de 66 North, la marque islandaise de vêtements techniques. Il n’y a rien de très original, mais c’est fait pour un temps rude ! Au Bonus on fait une razzia de bonnes choses : 1.5 kg de skyr (une bagatelle…), deux gâteaux et surtout, 900 g de saumon mariné à l’aneth qu’on peut manger cru ! Vivement le festin du soir ! En attendant on rentre au camping et on se fait un énorme déjeuner avec notamment du beurre : que c’est bon le beurre ! Je pense à l’avance aux immenses aux immenses tartines beurrées que je vais avaler en France. On essaye aussi un fromage au poivre pas mauvais. Après vient la difficile tâche de transférer le lait en poudre dans sa bouteille. C’est du lait de bébé car ici ils n’ont pas de lait normal en poudre. C’est assez compliqué de verser et Gaël et moi nous énervons. Je vais écrire mes cartes à l’office du tourisme et j’en profite pour aller sur Internet pour regarder les résultats de Marc-Antoine. Gaël me rejoint peu après pour une balade dans la ville : d’abord la jetée avec quelques pubs à l’air sympa, la cathédrale et le centre-ville puis des quartiers résidentiels avec de belles maisons. Dans un petit jardin public où poussent des arbres, une plaque explique que c’est ici que les habitants d’Akureyri ont remarqué que les arbres, ces choses bizarres qui résistent mal au climat islandais, pouvaient être beaux… On rentre au camping et le festin commence. Le saumon est une révélation : quelle joie de mordre à pleine dents dans cette chair tendre et savoureuse ! Avec les herbes de la marinade, c’est sublime. On ne finit pas tout à fait les 900g, on en garde pour le petit déj comme ça nous avons encore faim pour du skyr et du gâteau. On a beaucoup mangé !

Akureyri est de loin la plus jolie ville islandaise que nous ayons visitée.

Samedi 17 juillet

C’est un petit déjeuner de fête : le reste du saumon, puis du bon muesli au sésame. Nous allons ensuite prendre le bus qui fait Akureyri - Reykjavik par Kjölur, une des rares routes intérieures du pays. On passe par plein de jolies vallées (à moutons, bien sûr), et au bout de quelques heures nous arrivons à Hveravellir où nous allons passer deux jours. J’ai dormi une bonne partie du trajet ! On s’installe puis on part en balade sans sacs à dos. Nous passons d’abord à côté d’un bain chaud naturel amménagé en nous promettant d’y revenir puis nous suivons un mini-sentier qui fait le tour des merveilles géothermiques de Hveravellir. Très chouette : tout est concentré au même endroit, et on passe d’une source bouillante à un gros cône qui siffle en émetant un panache de fumée (je le baptise immédiatement la cocotte-minute), le tout au milieu de couleurs pastel acidulées à cause du soufre. On prend plein de photos puis on arrive à une petite bergerie typique au toit en herbe absolument charmante. J’y prends la photo “officielle” de Gaël l’aventurier. Il y a un sentier qui semble continuer là où on veut aller mais le film touche à sa fin alors nous rentrons à la tente prendre une pellicule avant de partir par l’autre bout de la boucle que nous voulons faire. Après quelques kilomètres près de la grande route, peu intéressants mais où nous croisons tout de même des traces absolument gigantesques de pattes d’oiseau (une quinzaine de cm, nous n’avons pas rencontré la bête mais nous n’en mourrions pas d’envie), nous piquons sur le côté pour suivre une piste de cheval au bord d’une colline. Il fait très beau, l’éclairage est très joli, au loin nous voyons de superbes calottes glaciaires et les pics des Kerlingarfjöll, et c’est très agréable de marcher dans l’herbe. Une fois la colline dépassée, nous atterrissons dans le champ de lave où le sentier est marqué par d’immenses cairns très verticaux, dont l’assemblage de pierres tient on ne sait trop comment : de vrais ouvrages de maçonnerie. Ces silhouettes fantômatiques rythment la lande de lave. La carte indique une grotte, nous la cherchons quelque temps mais en vain. Nous nous dirigeons alors vers le sommet d’un grand plateau qui monte en pente douce. Il est 7h et je commence à être fatiguée, mais la lumière est très belle : d’habitude nous nous promenons plus tôt et nous ne pouvons pas l’apprécier. Comme tout est très plat il est assez difficile de voir exactement où est le sommet mais on finit par y arriver. Il correspond au cratère d’un volcan. Gaël part faire le tour de la caldeira et explorer tous les petits cratères, moi je commence par me reposer avant d’y jeter aussi un coup d’oeil. Quand Gaël revient, il est tout content d’avoir vu un immense faucon, une espèce en voie de disparition d’après des fans d’ornithologie, qui pique sur les touristes car il a peur pour ses petits. Nous redescendons alors sur le plateau vers le camping, sans difficultés, et nous allons cuisiner nos pâtes dans la hutte, agrémentées ce soir-là de skyr et d’un délicieux gâteau pain d’épices du Bonus, le “krydbraud”. Quand nous sortons de la hutte, nous pouvons voir notre premier coucher de soleil du mois. Tous les nuages sont roses, c’est très beau. Je vais me coucher pendant que Gaël escalade courageusement la colline voisine pour prendre des photos.

Et encore une journée où on a marché plus de 25 km (nous sommes arrivés vers 22h au camping) !

Dimanche 18

Pas de réveil ce matin : c’est les vacances. On prend notre petit déj avant d’aller tester le bain chaud. Il y a du soleil mais un peu de vent et psychologiquement ce n’est pas évident de se déshabiller ! Le bain est divinement agréable : on peut choisir sa température en se rapprochant de l’arrivée d’eau chaude ou d’eau froide, et même choisir la température globale en déplaçant le tuyau d’eau chaude pour contrôler la quantité qui rentre dans le bain. Des pierres permettent d’être confortablement assis dans l’eau mais au bout d’un moment je m’assieds sur le bord en laissant tremper mes jambes pour refroidir un peu. Comme d’habitude, on rencontre des Français, dont une famille assez gratinée : le père avec un look Johnny cheveux décolorés, boucle d’oreille, la mère à l’accent bourge pas croyable, la grand-mère qui ronchonne et last but not least la fille, une grande blonde qui déclare qu’avant de partir elle jettera son maillot de bain et son jeans car ils sentent vraiment trop le soufre…

C’est très agréable quand on sort : on n’a pas froid ! On pique-nique, puis on part se promener en direction d’une petite hutte de montagne. Nous suivons une route de jeep, mais le paysage est très joli. Comme d’habitude, il y a un soleil radieux. La marche est facile, nous nous dirigeons vers une jolie vallée aux couleurs vertes et ocres. Au bout de 2h30 nous arrivons à la hutte, qui est vraiment idéalement située : dans le creux d’une charmantes vallée aux diverses nuances de verts, le long d’une rivière argentée qui serpente dans le creux de la vallée, elle est surplombée par plusieurs glaciers qui se terminent en d’innombrables crevasses. L’endroit me plait beaucoup : si je reviens en Islande j’y passerai bien une nuit. Il y a même quelques moutons autour. Nous voyons arriver la fameuse famille de Français qui va y passer une nuit. Ils sont affolés de voir qu’il n’y a pas de robinet dans la hutte ; Gaël leur explique que l’eau du ruisseau convient très bien… On tout cas ils ont bien raison de venir ici : c’est un truc sympa à faire en famille. Nous grimpons le sommet voisin pour admirer le paysage, en particulier les glaciers avant de rebrousser chemin. Et encore une journée à 25 km ! Nous arrivons vers 21h au camping, nous allons dans la hutte pour faire nos pâtes et là nous tombons sur un groupe de Canadiens tellement bruyants qu’on les prend d’abord pour des Américains, sans compter un plus petit groupe d’Italiens naturellement haut en couleurs : ça fait pas mal d’animation dans la cuisine. Certains Canadiens font semblant (ou pas) d’être bourrés pour mieux draguer, pendant ce temps nous engloutissons nos 400g de pâtes suivis d’instant pudding… Nous remettons au lendemain matin notre projet de bain nocturne en raison de la horde bruyante qui s’y précipite. On a bien fait, car il paraît qu’ils ont laissé le bain jonché de clopes et de canettes : pas cool.

Lundi 19 juillet

Le matin, un stupide mouton bêle lamentablement et nous réveille. Mais on se rendort. Après le petit déj’, bain en compagnie d’une joyeuse bande d’Italiens. Aujourd’hui nous voulons aller de Hveravellir à Kerlingarfjöll : on fait les sacs et on va faire du stop mais les travaux de couture de Gaël et le long bain nous ont retardés donc nous n’avons pas beaucoup de temps avant le bus. Comme le stop ne marche pas, on prend le bus qui n’est d’ailleurs pas très cher. Le bus nous dépose à la jonction avec une route menant aux Kerlingarfjöll, que nous prenons joyeusement. Un gué est marqué sur la carte et il n’a pas l’air gentil, mais un cyclo-touriste nous rassure : il n’y a qu’un seul gué et il est facile. Le paysage est varié, au fond le massif très découpé des Kerlingarfjöll avec une montagne en forme de Toblerone. La marche est facile et on prend notre temps. Nous traversons un petit gué facile, comme ça on peut dire que nous sommes de vrais aventuriers, et en fait le gros gué marqué sur la carte est maintenant un pont, au-dessus de jolies gorges d’une rivière puissante. Sur le dernier kilomètre un homme nous prend en stop dans sa 4x4, il le propose d’ailleurs de lui-même : il fait partie du personnel des huttes et du camping. Nous nous installons au camping et je vais me reposer dans la tente bien chaude en attendant l’heure du hot bath : de 18 h à 21 h, ils ouvrent un bâtiment avec des douches bien agréables, et après on plonge dans un bain chaud, des sortes de cuves où on se sent merveilleusement bien. Dans les vestiaires je rencontre la grand-mère française déjà mentionnée : elle me dit que tout le monde est nu dans le hot pot. Je ne sais pas si elle a voulu me faire un canular ou si elle voulait juste se changer en paix, mais en tout cas j’ai bien fait de mettre mon maillot de bain ! Un groupe d’Allemands est en train de boire de petits verres du schnaps local (celui qu’on boit après le requin !), ils sont gentiment pompettes et c’est très drôle de comprendre leurs blagues sans qu’ils s’en rendent compte. Ils partent et Gaël et moi profitons alors de notre bain privé, maintenu à température idéale par le patron qui est aux petits soins. Les gens étaient d’ailleurs tous très gentils ici ; je conseille l’endroit à tous, le camping restant à prix raisonnable et pour les plus fortunés il y avait un restaurant et de jolies huttes…

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