Gaël Varoquaux

Tue 08 April 2003

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La “Milford Track”.

Ce week end j’ai fait la plus célebre rando du monde. Il s’agit du “Milford Track” ; j’en avais entendu parlé même en France et il est tellement célébre qu’il avait fallut que je le réserve dès mon arrivée ici. Il y a bien longtemps (cela veut dire que je ne connais pas la date) deux explorateurs, Sutherland et Mackinnon, remontant la vallée du “Milford Sound”, le fjord le plus encaissé de Nouvelle Zélande, on découvert les “Sutherland falls”, chutes qui on été crut les plus hautes du monde pendant bien longtemps. Elles ont attiré tellement de monde que un chemin a été taillé allant du lac Te Anau jusqu’à Milford (qui n’était alors accessible que par la mer). C’est la génèse du “Milford Track”, batisé “Greatest walk on earth par un poète Londonnien du début du sciècle. Maintenant je dois avouer que c’est une gigantesque attraction touristique ; Dieu merci le nombre de randonneurs est limité à une petite centaine par jours (il faut quatres jours pour le parcourir).

Quelques jours avant de partir pour le “Milford Track” j’ai découvert que l’une de mes colocataires, Louise, avait été guide dessus. Elle m’a fillé tous les tuyaux, et m’a entre autre motivé pour traverser un col sauvage pour y aller, et non prendre le traine-couillons ( = bateau ) à travers le lac pour y aller. J’avais entendu parler de cette passe, mais elle était réputée difficile.

Je me rends donc en stop à Te Anau où je déclare au bureau du DOC mon intention de passer par “Dore Pass”. On cherche à me décourager : la météo est dégeulasse (un affreux front froid se profile à l’horizon), et la passe est alpine. Je ne me laisse pas décourager car j’ai des amis qui l’ont fait il y a trés peu de temps (pas pour se rendre sur le Milford, néanmoins). Je fais donc du stop jusqu’au pied de la passe, traverse une première rivière (j’espère que vous n’imaginez quand même pas qu’il y a des ponts) puis plante ma tente en prévision d’une pluie torrentielle. J’utilise une technique local trés efficace : une toile extérieure de tente (tent-fly) tendue entre des arbres comme premier abris, et mon sac de bivouac dessous. Comme prévu le déluge arrive au milieu de la nuit, mais malgrés la pluie je suis quasiment certain d’avoir entendu des kiwis s’appeller dans la brousse. Je me suis tellement obsédé par cette pluie que j’oublie de parler de la vallée : “the Eglinton valley”. C’est une vallée coincée entre les montagnes à pic de Fjordland, et les chaines montagneuses de la région de “Mont Aspiring”. Au fond coule l’Eglinton, disparaissant dans la brousse et réapparraissant sur de petites plaines. Je l’ai traversé à la sortie de la brousse, devant moi une étendue d’herbe sauvage, puis les montagnes de Fjordland, un mur, véritablement, avec une courte vallée montant vers la passe qui disparaissait dans la brume : 1350m, rien à l’échelle des Alpes, mais ici les conditions sont plus rûdes.


Le lendemain matin je me suis donc mis en marche à travers une brousse trampée qui me mouillait encore plus que la pluie elle même. Le chemin était indiqué, bonne surprise : même si on me l’avait dit je n’y croyait qu’à moitié. Il montait trés raide et au bout de trois heures je sors de la brousse. Il me faut traverser un torrent. Le problème n’est pas le froid, il ne descend même pas d’un glacier et donc n’est pas si gelé que cela, mais le courant. La plus grande cause de mort dans l’arrière pays Néo-Zélandais est la traversée de rivière. Bon visiblement je ne suis pas mort. Des batons marquent les chemins ; l’hiver ils dépassent de la neige.

Il pleut des cordes et la visibilité diminue au fur et à mesure que j’avance. Je n’ai toujours pas vu le col. Toute la vallée dégouline d’eau : des chutes d’eau rebondissent des deux cotés et plus loin une bonne dizaine de torrent descendent du col. C’est absolument superbe, même si les conditions sont un peu effrayantes. La pente se fait de plus en plus raide. La visibilité et à peine d’une centaine de mètres et au bout d’un moment je perd les marques du chemin de vue. Je continue donc dans le même direction : droit dans la pente. Ma progression est trés lente : la pente est assez instable et je dois lutter pour trouver des appuis corrects, de plus monter une telle pente m’essoufle et m’oblige à m’arréter tous les vingt mêtres pour reprendre mon souffle et chercher le chemin. Je dois escalader une chute d’eau. Le sol est un mélange de rocher d’herbe et de pierre. Le tout est rempé et trés glissant, mais l’herbe tient bien et comme souvent dans Fjordland on s’en sert de prise de main. Je vois le col qui se profile au dessus de moi. Ou tout du moins un col : je commence à être certain que ce n’ai pas le bon chemin, mais je n’ai pas du tout l’intention de redescendre cette chute d’eau si je n’en ai pas l’aboslue nécessité.

Arrivé en haut je ne vois absolument rien plus haut ! La pente est trés raide de l’autre coté. Je m’abrite derrière un rocher, plus de la pente que du vent ou de la pluie, et je sors mon compas et ma carte. L’orientation de la crète me situe un peu. De toute façons pour trouver des pentes plus douces il faut que je parte sur ma droite, d’aprés la carte. Des trous se forment dans la brume et j’apperçoit un peu plus loin : il y a indéniablement une falaise devant moi, elle n’était pas sur la carte, mais les cartes ici ne sont pas d’une précisions absolue. Je me dirige donc lentment sur ma droite, descendant quand le terrain le permet, mais je comprend vite qu’il faut que je retrouve le chemin si je veux sortir. Je pense appercevoir la passe au dessus de moi, mais toujours aucune marque du chemin. La visibilité a augmenté et je devrais maintenant pouvoir appercevoir les marques du chemin. Je me remémore le topo que j’ai consulté avant de partir : le chemin part sur la droite aprés le col pour éviter des falaises. Ce n’est que trop tard que je comprend qu’il monte pour éviter les falaises en question : elles me barrent le passage et je suis obligé de grimper une pente inconfortablemnt raide. Finallement j’apperçois un poteau : j’ai retrouvé le chemin. Je ne peux m’empécher d’être soulagé. La suite est sans difficulté : le chemin n’est pas trop mauvais ( à l’échelle de Fjordland ) et je suis sortie trois heures plus tard : il ne m’aura fallut que 7 heures pour franchir la passe, comptant une heure où j’étais perdu. Le DOC comptait 8 heures, je ne sis pas mécontent de moi.

J’arrive donc aprés une descente à travers la brousse et une autre traversée de rivière à “Glade House”, la première hutte du Milford Track. Elle n’est pas pour moi : elle accueuille les randonneurs avec guides : un hélicos maneuvre pour amener des canettes de “Speight : Pride of the South”, la bière locale. Par la fenêtre je vois des chambres doubles avec douches chaudes.. Heureusement la pluie à cessé et je peux me mettre en marche sur le chemin le plus large que j’ai vu dans Fjordland jusqu’ici : on peu marcher à deux de front. Au bout d’une heure je suis à ma propre hutte. C’est un luxe fabuleux comparé aux huttes d’arrière pays auxquelles je suis habitué. Elle accueuille quarante randonneurs qui ont reservé il y a des mois. Ils viennent de partout dans le monde (il y a même trois kiwis !) A sept heure une petite bonne femme absolument chamrante se présente comme la gardienne et nous fait un petit discourt sur la sécurité et l’entretient de la hutte. Elle s’encquiert aussi de ma présence. Cela fait plaisir de voir que dans ce pays si on disparaît une équipe de secours partira bien vite (j’avais spécifié comme “panic day” le lendemain).


Je me couche tôt et savoure une nuit fabuleuse (aprés un trés bon repas, bien sûr). Le lendemain je me lève le plus tard possible: il n’y a que 4 heures de marche à plat jusqu’à la prochaine hutte. Il pleut des corde pendant les deux dernières heures et je m’amuse à admirer les mines dépités des touristes etranger arrivant à la hutte. Ils laissent bien sûr leurs chaussures dehors, une trés bonne idée en principe, mais dans les montagnes il y a un perroquet trés joueur, le “Kea”, qui aime voler ce qu’il peut. Un tel Kea sévit un peu plus tard mais n’arrive pas à s’envoler avec le baton de marche qu’il avait saisit. Le materiel rentre bien vite. Encore un bonne nuit mais le matin je pars dés le levé du jour. Je veux franchir la passe Mackinnon tôt pour avoir du temps de l’autre coté. Le brouillard est épais et arrivé à la passe on ne voit rien. De plus le vent est gelé et je sors vite mes trois polaires et mes gants. Je me cache pendant deux heures dans un petit refuge au col en attendant que cela se dégage, mais il n’y a rien à faire et je repars donc vers la vallée. Les Sutherland falls m’attendent. Le soleil est apparu et c’est un impressionnant get de blanc fracassant qui s’offre à moi. Je passe derrière, comme Louise me l’avait conseillé. C’est magnifique de voir cette gerbe devant soit. Le bruit est assourdissant, et bien sûr je suis trempé, mais qu’importe !


Troisième hutte, troisième nuit, puis petite marche pour sortir de la vallée. En chemin je sors de sous les fourrés des kayaks dont Louise m’avait indiqué l’emplacement. Sous les yeux ébahis des mes compagnons je me promène sur le lac Ada, mais il faut vite que je reparte : un bateau nous attend pour nous faire traverser le Fjord et nous enmener à Milford.

Le fjord est impressionant : les montagne plongent à pic dans l’eau. On a la sensation que tout est soit plat est calme comme l’eau sur laquelle on glisse, ou tourmenter et vertical, comme ses falaises impossible où s’accrochent malgrés la pente des arbres tordus.

Un bus nous ramène à Te Anau à travers une route construite il y a cinquantes ans. C’est encore une nouvelle face de Fjordland que je découvre : des montagnes qui partent d’une ancienne vallée glacière, avec sa forme en U si particulière, pour dominer avec des pics, des glaciers, des cols, bref tout ce qui fait une montagne digne de ce nom, comme on peut en voir dans les alpes.

La richesse de ce pays, sa variété m’impressionne. Je suis tombé ammoureux de Fjordland : ses vallées cachées, ses lacs oubliés, ses cols infranchissables, ses pics pointus, ses prairies inattendues, ses rivières tumultueuses, ses chutes rugissantes… Tant de paysages différents, et pourtant membre d’un tout formidable, indompté et surhumain. J’ai appris que cette région était classé patrimoine mondial de l’Unesco, j’espère que cela lui permettera de garder sa magie.

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