Gaël Varoquaux

Mon 02 June 2008

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Asie centrale: 17 mai - 8 juin 2008: Ouzbekistan

vignettes

Trois semaines en Ouzbékistan, puis au Kirghizstan… en train, bus, marshrutka, cheval, et beaucoup à pied !

Photos et panoramas : Gaël | Récit, mise en page et retouches photos : Emmanuelle

Carte voyage

Samedi 17 mai - dimanche 18 mai : Bourg-la-Reine -> Bukhara

C’est le premier jour de nos vacances, et nous pouvons même faire une petite grasse matinée, notre vol ne partant qu’à qu’à 14h. Notre vol Paris -> Tashkent passe par Moscou, et nous volons avec la célèbre compagnie Aeroflot (dont nous n’aurons pas eu à nous plaindre d’ailleurs, malgré sa réputation un peu douteuse). Ca parle russe à CDG, c’est amusant de reconnaître quelques mots.

Aéroport de Moscou

Le premier vol se passe sans encombre, et nous avons quelques heures de transit à Moscou. L’aéroport de Moscou est assez étonnant, pas très agréable au demeurant : rien n’est prévu pour s’asseoir, du coup les gens s’entassent dans les escaliers… Quand aux écrans indiquant les vols, ils affichent pendant la majeure partie du temps des publicités qui laissent de temps en temps quelques brefs instants aux informations sur les vols… Sur le vol Moscou Tashkent nous sommes assis à côté d’une jeune femme tadjik qui étudie aux Etats-Unis et parle fort bien anglais. Elle semble regretter que nous n’allions pas au Tadjikistan, et nous vante avec un bel enthousiasme les beautés de son pays. Sa narration des difficultés d’être musulman aux Etats-Unis est également assez édifiante : en gros, beaucoup de gens la prennent pour une terroriste potentielle…

Arrivés à Tashkent, la capitale ouzbèque, nous commençons à être assez fatigués malgré la petite sieste dans l’avion. Nous sommes légèrement anxieux à l’idée des formalités de contrôle (l’Ouzbékistan est loin d’être une démocratie), mais tout se passe bien. Gaël a même le temps de changer des dollars pendant que je fais la queue dans la file de contrôle des passeports. Le fonctionnaire n’est ni aimable ni désagréable (le flic français de CDG était particulièrement peu aimable, donc on ne va pas se plaindre…). Nos bagages sont bien arrivés : c’est un soulagement ! Nous remplissons un formulaire pour la douane où nous devons déclarer les devises que nous possédons. On nous a dit qu’au moment de quitter l’Ouzbékistan il fallait pouvoir justifier l’argent qu’on avait dépensé et avoir des quittances pour tout. Bon, on verra bien…

Nous sortons de l’aéroport, il est 5h et le jour se lève. Une nuée de chauffeurs de taxis s’abat sur nous pour nous proposer une course. Heureusement, le Lonely Planet nous a donné une idée des prix “raisonnables”. Nous pouvons donc négocier la course vers la gare à 4000 soms, soit trois fois moins que le prix qu’on nous proposait initialement (10 US dollars). Notre taxi n’a visiblement pas de licence, comme une grande partie des taxis, c’est une toute petite voiture plus très jeune. Nous roulons dans d’immenses boulevards déserts, des rangées de tours se teintent en rose dans l’aube naissante. C’est mon premier aperçu d’une ville “post-soviétique” et l’impression est saisissante : toutes les rues sont d’une largeur inimaginables pour une parisienne, et les immeubles sont tous gigantesques. Nous arrivons à la gare, un monument néo-classique dont les proportions colossales peuvent étonner… quand on sait qu’il y passe au plus une quinzaine de trains par jour ! Comme c’est très grand, nous avons un peu du mal à trouver un guichet pour acheter des billets. Le guide est précieux et nous apprend qu’il faut se rendre à un petit bâtiment juste à côté de la gare. Ce bâtiment est désert (il est 5h30 !), à l’exception d’une femme qui fait le ménage. Elle a la gentillesse d’aller chercher quelqu’un pour nous vendre des billets. C’est l’occasion pour Gaël d’utiliser son russe, qui est bien utile ! Nous prenons deux billets pour Bukhara sur le train de 8h, le seul de la journée (il y a aussi un train de nuit). Nous avons eu de la chance qu’il reste des places : apparemment c’est loin d’être le cas tous les jours. Bien contents d’avoir réglé ce point, nous regagnons l’immense hall, sous le regard amusé des voyageurs locaux qui nous interpellent joyeusement. Malgré l’heure matinale il y a déjà pas mal de monde dans le hall. C’est l’occasion d’observer avec curiosité les belles robes colorées des Ouzbeks, ou leurs visages forcément dépaysants. Un vendeur de boissons dort les bras croisés sur son étalage, il ouvrira son commerce un peu plus tard. Un petit chaton blanc trottine calmement dans la gare; un gamin se précipite sur lui et commence à jouer à la poupée en le baladant sur ses pattes arrières. L’animal se laisse faire avec un flegme déconcertant ! La plupart des gens somnolent. Nous dormons aussi une heure chacun à notre tour, pendant que l’autre surveille les sacs (une précaution que je juge après coup bien superflue !). Nous montons à l’heure dans le train, le wagon est fort confortable avec notamment beaucoup de place pour les jambes, ou la possibilité d’avoir de l’eau chaude pour se faire du thé : c’est une très bonne surprise. Une télévision passe successivement un spectacle de danse traditionnelle, puis une série de clips world-pop d’Asie Centrale, chantés en russe, qui pour nous ont le charme de l’exotisme… Nous sommes les seuls touristes du train, et on est donc un peu l’attraction ! Le voyage dure 7h30, c’est l’occasion de dormir ou de somnoler durant une bonne partie du trajet : ce train est beaucoup plus confortable que les avions de la nuit ! De temps en temps nous jetons un coup d’oeil au paysage : c’est pour l’essentiel une steppe désertique assez monotone, parsemée d’installations industrielles en plus ou moins bon état.


Nous arrivons à Bukhara. Je nous cause une petite frayeur en ne retrouvant pas mon passeport, qui avait glissé entre les sièges pendant que je dormais dans une position bizarre ! Dehors il fait bien chaud. Le guide est parfait, une fois de plus, et nous donne même le numéro de la marshrutka (un minibus) qui peut nous emmener au centre de la ville. Il faut noter qu’en Ouzbékistan ou au Kirghistan, les gares ferroviaires ou routières sont rarement dans le centre ville, et qu’il faut donc prendre un transport supplémentaire pour s’y rendre. Nous partageons la marshrutka avec des Ouzbeks et deux touristes japonais. Elle nous dépose près de Lyabi-Hauz, la grande place de Bukhara. Nous nous rendons à un B&B à 2 minutes de la place, le Nasruddin Navruz. Nous y sommes accueillis par notre hôte, un homme affable au ventre imposant. La petite chambre qu’il nous montre à l’étage nous va très bien : un grand lit, plein de tissus colorés, et même une climatisation que nous utiliserons peu. Le prix de dix dollars par personne et par nuit est tout à fait raisonnable. La maison est organisée autour d’une grande cour intérieure, et les chambres donnent sur une galerie qui court sur les côtés de la cour. Nous redescendons dans la cour, où notre hôte nous sert un thé vert bien agréable.

Nous sortons ensuite visiter la ville, un peu anesthésiés par la chaleur ambiante et le manque de sommeil. Nous visitons d’abord la jolie place de Lyabi-Haus, où se trouvent plusieurs belles médersas (des universités coraniques). Bukhara a la couleur du sable : toutes les maison sont ocre-beige qui répond magnifiquement au bleu permanent du ciel. Mais la place ressemble à une oasis : des arbres vénérables offrent leur ombrage autour d’un large bassin central. C’est donc un endroit très agréable pour s’asseoir et prendre une bière ! C’est d’ailleurs de loin l’endroit le plus touristique de la ville, et les serveurs des chaikhanas se débrouillent très bien dans pas mal de langues.

Nous entrons dans une des médersas, qui sert maintenant de vitrine à l’artisanat local. La plupart des médersas qui nous avons vues avaient une architecture comparable : un haut fronton flanqué de minarets, une très grande cour intérieure, et sur les côtés plusieurs étages de cellules qui s’ouvrent sur des coursives, et la cour. Dans cette médersa, les cellules du rez-de-chaussée et leurs arcades abritent des petits magasins de tissus, de souvenirs ou encore de tapis. Une des cellules a été transformée en petit musée, et une jeune femme nous propose d’y entrer, pour un prix modeste. Le musée est consacré à un poète de Bukhara, Sadriddin Aini, dont l’existence mouvementée au début du 20è siècle traduit l’instabilité politique de la région à l’époque. Notre guide nous raconte son histoire dans un russe que Gaël n’a pas de mal à suivre ; comme elle ajoute pas mal de body language à son discours, je comprends aussi l’essentiel sans traduction. C’est un plaisir que d’écouter un guide qui désire autant communiquer !

Nous reprenons alors notre marche au hasard dans la ville. Dans cet ancien carrefour de la route de la Soie, le centre ville semble avoir peu changé depuis des siècles. Le sol des rues est en terre battue, les murs de torchis ou les toits en tôle, beaucoup d’enfants jouent dans les rues. Nous retournons boire une bière sur la place Lyabi-Hauz, et nous sommes trop paresseux pour aller dîner ailleurs : nous commandons donc des salades (qui sont amenées sur un grand plateau où on peut choisir, c’est pratique !) et de succulents shashlyk (des brochettes de viande marinées). Les bières ne sont d’ailleurs pas réservées aux touristes, car les Ouzbeks (en grande majorité musulmans) en consomment également avec plaisir.

De retour au B&B, nous retrouvons dans le patio la faune habituelle des backpackers, des touristes un peu bourlingueurs qui voyagent avant tout pour le plaisir de voyager. Quelques bouteilles de vodka circulent autour de la table, l’ambiance est détendue. Mark, un géant roux britannique fait l’éloge de l’hédonisme et du voyage. Il nous fait bien rire avec cette affirmation décidée “I’m not a tourist: I’m a traveller !”. La nuance est bien difficile à définir… Dimitri d’Andijon, un Russe au sourire permanent, essaye de m’apprendre un peu de russe et se fait de plus en plus tendre au fur et à mesure que la vodka diminue… Mais il est bien tard, et nous laissons ces joyeux voyageurs refaire le monde sans nous, pour aller nous coucher.

Lundi 19 mai : Bukhara

La mosquée de KalonLa mosquée de Kalon

Après une longue nuit de sommeil, nous somme complètement reposés. La journée commence par un énorme petit déjeuner dans la cour du B&B : porridge de riz au lait, biscuits, pain nan, confitures diverses et petites pommes. Nous partons ensuite nous balader tant que la température est encore fraîche. Une charmante petite mosquée abrite le musée des tapis, où de vénérables oeuvres d’art côtoient des réalisations modernes offertes à la vente. Nous faisons ensuite un tour dans le bazaar : il y a de belles étoffes colorées, de la vaisselle en métal ou en terre cuite, des sacs en feutre multicolore qui me font bien envie… C’est clairement un bazaar pour touristes par contre ! Comme on voyage léger en vue des randos au Kirghistan, on se contente d’admirer ! Nous arrivons ensuite à la spectaculaire place de Kalon, où une immense mosquée et une medressa tout aussi impressionnante se font face. Mais c’est pour son minaret de 47 m (kalon veut dire “grand” en tadjik) que la place est célèbre. Le monument est un véritable tour de force architectural : il date de 1127 a n’a jamais eu besoin de restauration depuis. Gaël et moi ne pouvons nous empêcher d’ironiser sur le pauvre muezzin qui devait monter toutes ces marches plusieurs fois par jour… mais c’est très impressionnant ! Il paraît d’ailleurs que Gengis Kahn avait lui aussi été impressionné lorsqu’il avait conquis Bukahra, et contrairement à son habitude il avait ordonné de ne pas détruire le minaret… Nous visitons la mosquée, dont le fronton s’orne d’un magnifique ensemble d’émaux bleus qui mêlent décors géométriques et texte religieux. La mosquée a été prévue pour accueillir 10000 personnes : c’est immense ! Gaël prend méthodiquement des photos tout autour de lui, comptant les réunir ensuite dans un grand panorama : c’est beaucoup trop grand pour être pris sur une seule photo, même avec un grand angle ! Comme à d’autres endroits, le bleu et le turquoise des coupoles se marient magnifiquement à l’ocre des briques.

La mosquée de Kalon

Nous continuons ensuite dans le bazaar, puis nous arrivons à la forteresse d’Ark en passant par un grand terrain vague brûlant sous le soleil de midi. Ce serait plutôt l’heure de retourner faire la sieste, mais la forteresse est à l’autre bout de la ville par rapport à notre B&B et nous décidons de la visiter malgré la chaleur assez étouffante. La forteresse est une ancienne ville fortifiée dont certaines parties remontent au 5è siècle. Plusieurs musées historiques ont été aménagés dans les salles de la forteresse. C’est très intéressant, mais la succession des musées est assez fatigante. Au moment où nous allons partir, nous cédons aux invitations insistante d’un jeune homme dont l’oncle tient un magasin d’étoffes et de souvenirs. La visite du magasin est intéressante, mais nous nous sentons assez vite un peu gênés comme nous ne voulons rien acheter. Le jeune homme ne semble pas nous en tenir rigueur, et nous discutons un moment : il est étudiant en génie électrique et voudrait bien finir ses études à l’étranger (comme beaucoup d’étudiants que nous rencontrerons, d’ailleurs).

La mosquée de Kalon

Sur le chemin du B&B nous nous arrêtons dans un petit café en plein air pour manger une soupe à la viande, du pain et de la salade, et du thé : de la nourriture simple mais savoureuse… et très bon marché ! Nous rentrons ensuite pour nous reposer durant les heures les plus chaudes de la journée. Puis nous reprenons notre marche dans Bukahra, sans autre but que de découvrir une belle mosquée au coin d’une rue, un minaret bleu turquoise, ou un bazaar animé. Nous poussons notre marche jusqu’à des quartiers un peu moins touristiques. Nous tombons alors sur le bazaar pour l’alimentation où se fournissent les locaux. Nous sommes fascinés par les empilements de fruits et légumes, les tapis de fruits secs ou les montagnes d’épices aux couleurs saturées. Sur le chemin du retour nous passons devant une très belle medressa. Elle ne semble pas être ouverte à la visite, mais un vieil homme sort de la medressa pour nous inviter à entrer. C’est le gardien, et il nous fait faire le tour des salles du rez-de-chaussée. Il nous invite ensuite à monter à l’étage, puis sur les toits : il est trop vieux pour nous suivre mais nous attendra en bas. Nous faisons donc un peu d’exploration d’une cellule à l’autre, puis sur les toits où nous avons une vue très dégagée sur Bukhara. Nous descendons discuter un peu avec le gardien : c’est clairement un nostalgique du communisme et de plein emploi, qui se plaint de la dureté de l’époque actuelle par rapport à la période soviétique. Nous avons retrouvé cette attitude chez plusieurs personnes âgées, mais les jeunes eux semblaient tous apprécier le mode de vie occidentalisé (tout en restant très attachés aux traditions ouzbèques ou kirghizes). Nous lui laissons quelques billets pour la visite : c’était bien sympa d’avoir la medressa rien que pour nous ! Nos pas nous ramènent à Kalon, encore plus belle dans la lumière du soir. Gaël prend donc de nouvelles photos. Puis nous errons un peu dans la partie soviétique de la ville, avec de grands boulevards, des terrains de sport un peu partout, beaucoup de béton… Nous nous arrêtons pour dîner dans un petit restaurant où les locaux dînent – bon signe ! Nous goûtons avec plaisir à de nouvelles spécialités locales : les mantis, de gros raviolis fourrés de viande et de légumes, et cuits à la vapeur, et les samsa, des feuilletés à la viande, proches des samosa indiens. Sans oublier une bière ! Pour commander, nous sommes aidés par un gamin de 16 ans très débrouillard qui fait des allez-retour avec la cuisine pour leur expliquer ce qu’on veut. Il nous explique qu’il veut absolument améliorer son anglais car il veut aller travailler en Angleterre. Il y serait d’ailleurs déjà s’il n’était pas aussi dur d’obtenir un visa. Assez vite, il va chercher son cousin, un garçon au visage doux et un peu naïf, bien différent de notre “guide” espiègle, qui l’envoie faire les commandes pendant que lui reste discuter avec nous !

Mardi 20 mai : Bukhara -> Samarcande

Le mausolée de Timur

La journée commence à nouveau par un somptueux petit déjeuner, avec cette fois-ci des oeufs sur le plat à la coriandre et à la ciboulette, qui sont une pure merveille. Puis nous marchons jusqu’à l’arrêt de marshrutka pour aller jusqu’à la gare routière. La marshrutka que nous hélons a l’air complètement pleine, mais les gens se tassent et nous pouvons même nous asseoir sans problèmes ! Arrivés à la gare, nous avons une mauvaise surprise : il s’agit d’une petite gare locale et il n’y a pas de bus pour Samarcande. Un moment, nous avons peur que les chauffeurs de taxi nous racontent des salades pour obtenir une course lucrative, mais les locaux aussi prennent le taxi jusqu’à la ville suivante pour prendre le bus. Nous prenons donc un taxi avec deux autres personnes pour Gizhduvan où se trouve la gare routière avec le bus pour Samarcande. Nous roulons sur la seule autoroute du pays : une 2x2 voies avec sur le côté une voie en terre battue pour les ânes et les chevaux. Encore une fois le trajet est rythmé par la radio locale qui passe des chansons entêtantes et rythmées.

Arrivés à Gizhduvan, nous montons tout de suite dans un bus à moitié plein pour Samarcande. Le chauffeur attend que son car se remplisse pour partir. En attendant, des vendeurs montent proposer pains et feuilletés, puis un mendiant aveugle passe recevoir les aumônes des passagers. Au bout d’une petite heure, le car est complètement bondé, il y a plein de gens debout dans le couloir au milieu des bagages, mais nous avons la chance d’être assis. Il y a derrière nous deux femmes avec qui nous engageons la conversation, et un bébé qui a un peu trop l’envie de nous tirer les cheveux. Nous voyageons à nouveau sur l’autoroute centrale. Le bus fait de fréquents arrêts pour déposer des gens qui sont allés faire leurs courses à Gizhduvan, surtout des femmes. Au bout d’un moment, presque tout le monde est assis ! Il fait bien chaud, le car est bruyant et nous sommes assez serrés, mais ce n’est pas désagréable non plus. C’est surtout très amusant de voyager comme les gens du pays ! Il va sans dire que nous sommes les seuls touristes du car !

Le voyage jusqu’à Samarcande dure 4 bonnes heures. Nous sommes déposés à la gare routière, un peu à l’extérieur de la ville. Comme nous ne voyons pas de marshrutka nous nous laissons convaincre par un taxi qui nous a repérés dès notre sortie du bus. Il aurait en fait suffit de poursuivre la route après un tournant pour trouver les marshrutkas ! Samarcande est beaucoup plus grande que Bukhara ; le taxi rejoint le centre ville par de grands boulevards modernes bordés ça et là de mosquées qui attirent notre curiosité. Le chauffeur connaît visiblement mal le nom des rues et a du mal a trouver le B&B où nous voulons descendre. Nous finissons par le convaincre de nous déposer sur une grande place où nous pouvons nous repérer et continuer à pied ; le B&B est en fait à 10 minutes à pied.

Le B&B est tenu par un homme au physique européen, et une femme asiatique qui parlent tous les deux parfaitement anglais. Le B&B est plus chic que ne l’indique le guide (et les prix ont également montés) : c’est maintenant un boutique hotel, avec des chambres somptueusement décorées de tapis et d’objets d’art de l’artisanat local. Nous avons même une chambre avec salle de bain, un luxe auquel nous ne nous attendions pas ! J’apprécie beaucoup le tchai qu’on nous sert tout de suite pour nous rafraîchir, avec des biscuits et des confitures, mais Gaël commence à en avoir assez du thé ! Nous nous reposons un moment dans le magnifique jardin recouvert d’une tonnelle rafraîchissante, puis nous partons à la découverte de Samarcande.

Nous commençons la visite par le mausolée d’Amir Timur, juste à côté de l’hôtel. Timur, ou Tamerlan en français, était un conquérant passablement sanguinaire du 14è siècle, qui avait par exemple pour habitude de massacrer tous les hommes d’une ville conquise, sauf les artisans qu’il ramenait dans sa capitale de Samarcande. Tant mieux pour Samarcande, dont l’essor date de cette période… Le mausolée de Timur est un ensemble magnifique de briques et d’émaux colorés, bleus pour la plupart. L’intérieur est peut-être encore plus impressionnant : dans la salle où Timur, ses fils et ses petits-fils sont enterrés, les murs et la coupole sont recouverts de dorures dentelées extrêmement finement.

Le mausolée de Timur

Nous nous dirigeons ensuite vers le Régistan, un ensemble de trois médressas gigantesques disposées à angle droit autour d’une grande place centrale. Le Régistan est l’attraction principale de Samarcande, et c’est en effet très impressionnant. La plus ancienne des médressas a été bâtie par Ulugh Beg, petit-fils de Tamerlan et grand scientifique, qui y enseignait entre autres l’astronomie et la théologie. Les deux autres médressas ont cherché à copier l’architecture de la première. Les briques paraissent rosées dans la lumière du soir, c’est très joli. Je m’assieds sur un banc pendant que Gaël cherche un premier plan pour ses photos du Régistan. Il en trouve un très pittoresque en la personne d’un jardinier qui tond le gazon… à la faux ! Pendant ce temps, un garçon d’environ 18 ans vient s’asseoir en face et se décide timidement à m’adresser la parole en anglais. Il étudie pour devenir pilote et cherche à la fois à pratiquer son anglais et satisfaire sa curiosité concernant la vie en Occident : encore une rencontre très sympathique.

Nous faisons le tour du Registan, en réservant sa visite pour le lendemain. L’entrée de la place est gardée par des policiers en uniforme, il faut des billets pour entrer. Mais nous sommes rapidement repérés par ces policiers qui nous proposent de nous faire monter dans un minaret de la medressa d’Ulugh Beg : c’est une des manières “officielles” d’arrondir les fins de mois des policiers, indique le guide, qui donne aussi les prix “raisonnables” qu’on peut accepter. Nous négocions donc, puis nous montons au minaret. C’est amusant, les escaliers sont obscurs et un peu délabrés, et en haut la vue est jolie, sans être exceptionnelle (les monuments sont plus impressionnants de près, je trouve !). Quand nous redescendons, la grille à l’entrée du minaret est fermée ; nous faisons un peu de bruit pour qu’on vienne nous chercher. Un jeune guide arrive, il parle parfaitement français et fait semblant de chercher la bonne clé pendant quelques minutes en riant de sa bonne blague. Nous rions avec lui, et nous continuons à discuter une fois sortis de la tour. Il est étudiant en français, et travaille comme interprète et guide pour des voyages organisés très différents, de la visite culturelle de Samarcande au trek dans le montagnes tadjikes.

Nous nous dirigeons après vers la partie moderne de la ville pour chercher un restaurant. A part un resto italien qui ne nous tente guère, nous ne trouvons pas grand chose. Nous finissons par prendre un kebab et une bière dans un fast-food en plein air où beaucoup de jeunes semblent se retrouver. Un long jeune homme maigre passe plusieurs fois à côté de notre table, hésite, puis finit par engager la conversation. Il voudrait étudier la médecine en Europe et cherche des renseignements sur le système universitaire français, et les moyens d’avoir une bourse pour y étudier. Nous discutons un moment, et je regrette de ne pas avoir plus de détails à lui donner !

Mercredi 21 mai : Samarcande

Le Registan

Encore un petit déjeuner somptueux : yaourt épais, confiture de roses, pancakes, galettes de pommes de terre… Puis on reprend la visite de Samarcande. On fait un petit tour dans un café Internet (la seule fois des vacances) : la café est rempli exclusivement d’enfants qui jouent aux jeux vidéo.

Le Registan

Pour visiter le Régistan il y a deux possibilités : soit on est un touriste et on achète un billet relativement cher (pour un Occidental), soit on est du coin et on passe en glissant un peu d’argent aux policiers à l’entrée. Le billet est de toute façon trop cher pour les salaires locaux, et il y a beaucoup de touristes d’Asie Centrale (beaucoup plus nombreux que les Occidentaux) : c’est un système qui fonctionne assez bien. Nous visitons les trois médressas dans l’ordre chronologique. Ca devait être chouette d’étudier dans des universités aussi belles ! Les jardins à l’intérieur des médressas contribuent beaucoup à l’harmonie générale. Dans la médressa d’Ulugh Beg, un groupe de femmes cueille des fruits sur les arbres. La plus récente médressa accueille des boutiques d’artisanat locaux. Nous croisons plusieurs fois les mêmes touristes qui logent au même B&B : en un sens, c’est rassurant de se dire qu’il y a peu de touristes et qu’on rencontre toujours les mêmes !

BiBi Yakim

Nous remontons ensuite vers le nord de la ville, vers la magnifique mosquée de Bibi Yakim. Mais d’abord, nous allons au bazaar acheter de quoi manger : samsa, oeuf dur pâné, et pour finir, une pâtisserie pour Gaël. Nous marchons un peu dans la bazaar, très animé et coloré. Puis nous visitons Bibi Yakim. C’est une mosquée aux proportions imposantes, très verticale. La coupole aux nuances bleues variées est magnifique, mais c’est encore l’intérieur qui me plaît le plus : on peut entrer dans certaines salles à moitié en ruines, où des oiseaux tournoient très haut, sous la coupole. Ca donne une petite atmosphère d’Indiana Jones…

Quand nous sortons, Gaël décide qu’il a encore faim et qu’il faut retourner au bazaar (en fait ce n’est pas vrai, il voulait juste prendre des photos :D). Nous sommes interpellés par les vendeuses de pâtisserie que nous avions rencontrées lors de notre premier passage : c’est la fin du marché, et elles nous proposent de venir boire un coup avec elles. Nous nous joignons donc à elles, au milieu des étals de sucrerie. On nous sert tout de suite de grandes lampées de vodka qu’il faut boire cul-sec. Je transige en buvant rapidement de petites gorgées, puis en finissant mon verre dans un grand geste théâtral qui suscite des acclamations (une technique qui resservira !). Il y a aussi beaucoup de nourriture : de la salade, des sucreries, et du plov, le plat national à base de riz, légumes et mouton. Une des filles vient d’avoir un enfant, du coup les marchandes font une fête pour célébrer l’événement. Mon verre ne reste jamais vide, les filles le remplissent de plein de boissons diverses, pas toutes alcoolisées heureusement. Mon vocabulaire russe est très limité pour communiquer, ça ne nous empêche pas de bien rigoler pendant que Gaël fait plus de conversation. Mes lunettes de soleil entre autres remportent un franc succès et font le tour du groupe. La patronne du groupe a environ 45 ans, c’est elle qui nous a invités. Il y a aussi une vieille femme, sinon les autres filles ont entre 20 et 30 ans, et elles ont toutes du caractère ! L’une d’entre elles essaye d’apprendre à Gaël comment manger le plov avec les doigts : on roule le riz, la viande et les légumes dans la graisse de mouton, ça fait des petites boulettes qui sont censées tenir ensemble et se manger facilement. Pas facile, surtout sans salir l’appareil photo ! Elles sont très curieuses à propos de la vie en France, veulent savoir si on habite en ville, si on a une voiture, où on travaille… A un moment, un marchand d’un stand voisin met en marche sa sono. Les filles me disent qu’il faut danser. Je me lève, pensant qu’on va tous danser et que je passerais à peu près inaperçue. Mais non : elles ne veulent pas danser, mais me voir danser ! Pour améliorer la qualité du spectacle, elles me montrent quand même quelques mouvements de danse orientale. Sinon, c’est le fou rire généralisé… Le plus drôle est quand un morceau de musique techno succède à la musique orientale : la plus vieille du groupe se lève alors et se met à danser une techno tout à fait orthodoxe… Cette rencontre très chaleureuse restera parmi mes meilleurs souvenirs des vacances : une demi-heure de fou rire, de langage des signes et de russe massacré (on peut en raconter des choses avec 20 mots et des sourires !), sans oublier la vodka…

plovOn the Bazar

Nous repartons de joyeuse humeur vers l’allée des tombeaux, un lieu sacré de Samarcande où des mausolées du 13è et 14è siècle sont alignés le long d’une magnifique allée. Beaucoup de touristes Ouzbèques viennent visiter ce lieu : plusieurs nous demandent d’ailleurs de poser avec eux pour leurs photos souvenir ! Chaque mausolée est une petite merveille recouverte de faïences colorées, et l’ensemble est saisissant.

Alley des tombeauxAlley des tombeaux

Nous retournons à notre hôtel par l’ancien quartier juif, pauvre et assez délabré. Nous faisons un bref passage par le B&B pour savoir si Dennis, notre hôte, a pu nous prendre des billets de train, puis nous allons siroter une bière devant le mausolée de Timur, qui se colore doucement en rose à mesure que l’heure avance. Malgré les conseils de Dennis, nous ne cherchons un restaurant très authentique pour dîner, et nous nous contentons du petit café en face du Régistan. C’est forcément là que tous les touristes échouent, mais la nourriture est bonne et il y a beaucoup plus de locaux que de touristes qui y mangent.

Jeudi 22 mai : Samarcande -> Tashkent

Nous n’avons pas pu avoir de billets pour le train express reliant Samarcande à Tashkent, nous allons donc prendre le train plus lent qui part à 7h. Nous nous levons à 6h, notre hôtesse a insisté pour nous préparer un petit déjeuner malgré l’heure. Le jour est déjà levé, et il fait divinement frais dans le jardin pendant que nous dégustons notre thé. Puis Dennis nous emmène en taxi à la gare : il doit parfois avoir affaire à des touristes pas très débrouillards, car il insiste pour nous conduire jusqu’à notre place dans le wagon ! Le trajet dure 6h, contre 4h pour le train rapide. Les grandes banquettes rouges du wagon sont un peu dures, mais il y a beaucoup de place. Comme dans tous ces voyages où on a le temps, nous parlons beaucoup avec nos voisins : Rita, une dame russe très apprêtée et maquillée, Aziz, un grand Ouzbek brun, et enfin un policier très jeune qui sourit tout le temps. Encore une fois, ils sont très curieux et veulent tout savoir sur notre mode de vie, discutent entre eux du prix des choses après nos réponses… Rita sort un sac de bonbons et insiste pour que nous en prenions : je n’arrive pas à refuser, malheureusement, car il y a sûrement de l’arachide dans l’un d’entre eux et j’ai une réaction allergique. Je fais alors semblant de dormir un moment pour ne plus avoir à manger de bonbons, mais je passe le reste du voyage très fatiguée, avec un fort mal de ventre. Le guide de conversation russe/anglais que nous avons sortis remporte beaucoup de succès, et fait le tour de nos voisins qui cherchent des mots anglais pour parler avec nous.

Arrivés à Tashkent, nous nous rendons tout de suite dans l’hôtel situé à l’intérieur des bâtiments de la gare. Le confort est spartiate (pas de douche, juste un lavabo à l’étage !) mais les prix sont imbattables : 8000 sums (4 euros) pour la nuit ! Il y a un gros cafard qui se balade sur la moquette de notre chambre, mais sinon c’est tout à fait propre.

On part se balader dans Tashkent. C’est une ville à l’architecture clairement soviétique, qui a néanmoins bien vieilli. Dans les rues les gens sont majoritairement habillés à l’occidentale, contrairement à Bukhara ou Samarcande. Une majorité des filles d’origine russe porte même des jupes extrêmement courtes ! La ville est très verte, avec de nombreux parcs et beaucoup d’arbres dans les rues : c’est agréable. Par contre, il n’y a pas de petites rues, seulement d’immenses boulevards un peu fatigants à arpenter, surtout en plein soleil ! Nous changeons de l’argent dans une banque extrêmement moderne, puis nous nous reposons quelques instants dans un parc, devant une martiale statue équestre de Timur. A la sortie du parc, il y a une exposition de peintures en plein air, posées sur le sol. Nous nous arrêtons un peu pour les regarder, et pendant ce temps un jeune homme Uzbek se décide à nous aborder par un “You look like foreigners…”. Indeed ! Il est étudiant en économie et voudrait faire un master à l’étranger, mais se demande quel est le meilleur pays pour faire ça. Nous discutons un bon moment, debout au milieu des peintures. Nous finissons par lui conseiller de chercher avant tout un pays où il pourra avoir une bourse pour ses études, vu le coût de la vie en Occident, et qui est accueillant pour les étrangers (notamment pour avoir un visa de travail).

Le bazaar de Tashkent

Nous continuons notre traversée de Tashkent. Nous passons à travers un immense parc où les enfants se baignent dans un canal. Nous mangeons un morceau dans un petit café, puis nous poussons jusqu’au grand bazaar de la ville, encore en pleine ébullition à 18h. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les bazaars sont des endroits très organisés, celui de Tashkent en particulier : dans les escaliers, des petits rails ont été installés pour permettre de monter les charrettes plus facilement, on trouve partout des vendeurs de sacs et de cabas pour mettre ses courses, etc. Il se fait tard et nous rebroussons chemin. Le retour est bien long : on a traversé tout Tashkent ! En chemin nous nous arrêtons dans un petit boui-boui pour manger des shashlyks. Le café est tenu par trois filles russes : l’une d’entre elles prend les commandes et sert, la deuxième prépare les bières, et la troisième reste tranquillement assise sur sa chaise à faire des commentaires sur les passants !



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